Portrait d'Erwan Salmon - RingCentral

Erwan Salmon – DG France et VP Europe de l’ouest, RingCentral, en avant, calme et droit

L’énergie faite homme. De toute évidence, ce manager tourné vers l’avenir aura besoin de plus d’une vie pour s’accomplir : doté d’une grande capacité de travail, c’est un chef né pour entraîner son équipe vers les sommets.

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Juil 2022
Par Pierre-Antoine Merlin

Dans le cadre de cette rubrique, il est banal de rencontrer des chefs d’entreprise bourrés d’énergie. L’inverse serait étonnant, et même un peu inquiétant. En présence d’Erwan Salmon, le vibrionnant patron de RingCentral pour la France, nous voilà devant un cas rarement rencontré. Il ne tient pas en place, lance dix idées à la minute, dans toutes les directions, et, fait remarquable, ne semble pas fébrile. Attentif à tous et à chacun, toujours en éveil, il possède plusieurs cerveaux comme autant de data centers. Avec, en prime, une certaine disposition pour le bonheur. « J’ai eu une enfance plutôt sympa. Avec des origines vendéennes et bretonnes, j’ai été élevé selon des valeurs paysannes et catholiques. Mon père travaillait dans la librairie et l’édition. À 75 ans, il travaille toujours ! »

Pour autant, ce natif des Sables-d’Olonne ne manifeste pas de passion pour la mer. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est la montagne. Cette franchise est à l’avenant. Dès ces premières déclarations, nous voici dans le concret, dans le vrai. Pas cassant, mais précis. On sent chez Erwan Salmon un style direct, moins soucieux de plaire que de faire, disant les choses telles qu’elles sont, en tout cas telles qu’il les ressent.

Dans la France de 2022, où le bon sens et la droiture ont tendance à régresser pour le plaisir vulgaire de se caler sur l’air du temps, on est surpris de voir un manager s’exprimer sans fard. Alors que ce devrait être la norme. Côté scolaire, en revanche, le bilan est (un peu) plus mitigé. « Je n’étais pas ce qu’on appelle un élève brillant. Mais j’étais bon en maths, et en physique. Et puis surtout, j’aimais le sport ! C’est très important, le sport. Cela évite de faire des bêtises. » Avec les maths et le sport en tête, donc, pas le temps, ni l’envie, de goûter aux paradis artificiels. « Pas de tabac, ni d’alcool, ni rien de tout ça. » On le croit sur parole, tandis qu’un faisceau de présomptions corrobore ses dires.

Portrait d'Erwan Salmon - RingCentral

Vient ensuite l’heure de l’orientation. Issu d’un milieu littéraire, il se sent de plus en plus porté vers les sciences : son professeur de maths lui signale l’existence, à Angers, de l’Eseo (École supérieure d’électronique de l’Ouest),  qui prépare aux multiples métiers de l’ingénieur. « J’ai été admis à cette école, et ce fut une formidable expérience. D’ailleurs, j’ai gardé des copains, je dirais même des frères, de cette époque-là. C’est une amitié à vie ! On continue à se fréquenter les uns les autres. »

UNE ESTIME MESURÉE POUR LE MODÈLE FRANÇAIS

Sorti de cette formation dont il garde le meilleur souvenir, et fraîchement libéré des obligations militaires, le jeune Erwan amorce sa vie professionnelle. Il ne sait pas encore qu’elle sera consacrée, en majeure partie, aux réseaux et aux télécoms, mais un goût très vif le relie déjà à cette industrie en pleine expansion. Il souhaite en effet se spécialiser dans les fusions et acquisitions en cours dans les télécoms.

Ce ne sera hélas pas possible, pour une raison, récurrente selon lui, et qui continue d’entraver le développement de la société et de l’économie françaises. C’est quelque chose qui l’obsède. « C’était, et c’est toujours, la prime au diplôme, aux anciens de l’X notamment. En France, trop souvent, un diplôme ou un statut obtenu lors de lointaines études garantit un parcours ou un poste à vie. Moi, peu m’importe de savoir ce que le candidat à un poste a fait des années en arrière. Ce qui compte, c’est ce qu’il fait, et surtout : ce qu’il est capable de faire. Les Américains ont cela dans leur culture, c’est un de leurs bons côtés. Nous, on privilégie le passé sur le futur. C’est pour ça que j’ai fini par quitter les entreprises françaises. »

« Peu m’importe ce que le candidat à un poste a fait des années en arrière. Ce qui compte, c’est ce qu’il peut apporter. »

SURACTIF ET CONFIANT

En attendant, il entre chez Matra, à la suite d’une rencontre effectuée sur un salon professionnel. Il y passera tout son début de carrière au rythme d’une forte mobilité : non seulement il changera de poste régulièrement, mais encore la société sera peu à peu prise dans une cascade de fusions. Au point qu’il va grimper en interne à intervalles réguliers. « À mes débuts chez Matra, j’allais vite, très vite, voire trop vite pour l’entreprise. Je suis quelqu’un de suractif. » Dans la vie professionnelle, est-ce un atout ou un défaut ? « C’est un plus ! J’arrive à embarquer les équipes. Je me considère comme un vrai leader. Mais parfois, je reconnais, il est difficile pour les collaborateurs de suivre. Au début, je ne comprenais pas. Maintenant, je suis plus attentif. Cela dit, quand je trouve que ça ne va pas assez vite, je le fais moi-même… C’est un défaut. »

Ce n’est pas un manager parfait, mais qui l’est ? Reste à démêler un point essentiel. Ce travailleur à l’allure acharnée et véloce est-il féru de contrôle intrusif vis-à-vis d’autrui ? « Non, au contraire, je suis plutôt porté sur le mode collaboratif. Quand je suis amené à prendre une décision, je l’explique. Et si je me trompe, je l’admets. Je n’ai pas un super ego. Encore une fois, pour moi, c’est le collectif avant tout. Je n’aime pas les patrons qui pensent d’abord à eux, à leur petit intérêt à court terme, plutôt qu’au collectif et à l’entreprise. » Heureusement, c’est très rare.

Portrait d'Erwan Salmon - RingCentral

« Je suis plutôt porté sur le mode collaboratif. Quand je suis  amené à prendre une décision, je l’explique. »

Chez Erwan Salmon, une autre chose est frappante, qui témoigne d’une modestie intrinsèque. « J’ai eu des chefs exceptionnels, et c’est une grande chance. C’est au point que je continue à m’inspirer de leur façon de penser, et à prendre du coaching auprès d’eux. » L’auteur de ces lignes n’a pas souvenir, au cours de cette longue série de portraits, d’avoir entendu un tel témoignage de reconnaissance, presque émouvant. Et encore ceci : « J’ai toujours dit à mes chefs : donnez-moi plus de travail ! Je peux absorber ! J’ai une grande capacité d’action. Je dors très peu. » En arrivant chez Avaya, en 2009, le portraitisé du mois a déjà une belle carrière derrière lui. Fort de cette expérience, il va déployer une série de mesures significatives, mettant en valeur son sens du résultat et du travail en équipe.

D’ABORD LA RELATION AVEC LES PARTENAIRES

Ainsi, par exemple, sa contribution active au redressement de l’entreprise. Car il aime travailler avec les gens, en particulier lors des relations nouées avec les membres de la chaîne de valeur. « J’aime la direction générale, mais aussi être le patron des partenaires. Je préfère cela au fait d’être simplement directeur commercial. Ainsi, j’aime mieux perdre un deal que perdre un intégrateur. Je privilégie toujours la relation à long terme. C’est facile à vérifier : j’ai un bon carnet d’adresses chez les intégrateurs. Ma réputation est bonne chez eux. » Erwan Salmon assure également entretenir de bons rapports avec les représentations du personnel. Et, avec le top management, aussi. Dans les moments difficiles, il y a parfois des engueulades, pour reprendre son expression. « Je défends mes équipes. »

 L’APPEL DE RINGCENTRAL

Portrait d'Erwan Salmon - RingCentral

On est au début de la Covid-19, Erwan Salmon ne répond pas tout de suite au double appel de RingCentral. Mais il réfléchit : Avaya est sorti du Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. On lui propose un nouveau défi. C’est oui ! « J’entre dans l’entreprise le 1er juin 2020. J’ai été sensible à l’intérêt porté à mon profil, et, de mon côté, j’ai présenté un plan. Parmi les choses qui m’ont frappé, je distingue celle-ci : quand les slides m’ont été présentées, ce n’est pas le client qui était au centre du dessin. C’était le salarié. C’est très significatif pour moi. Autre point positif, voilà une entreprise qui écoute et tient compte du niveau local. Take care of my people est une devise, un mot d’ordre qui résume bien le management de RingCentral. »

Aujourd’hui, sous la férule d’Erwan Salmon, la filiale française se porte bien. L’effectif a doublé en deux ans, en dépit de la pandémie, et des bureaux commerciaux vont être ouverts du côté d’Issy-les-Moulineaux ou de Boulogne-Billancourt, pour compléter ceux de Paris, situés près de la place Saint-Georges, dans un quartier séduisant. Un accord a été trouvé sur le télétravail, et un effort engagé pour que les locaux soient encore plus attractifs. Et après ? Erwan Salmon veut faire progresser cette entité, ses équipes et lui-même, en s’inspirant de méthodes et valeurs éprouvées. Tout son parcours en témoigne : il a passé son temps à oser, à valoriser, à essayer. Et surtout, à entraîner.

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« J’aime mieux perdre un deal que perdre un intégrateur. Je privilégie toujours la relation à long terme. »

En approchant de la fin de cet entretien, il revient toujours à l’essentiel, pour lui, le travail en équipe. Il ne faut rien lâcher. Ne pas subir, disait le maréchal de Lattre. Réfléchir, réinventer, proposer, apprendre, tomber le cas échéant, puis se relever. Curieusement, il prend pour illustrer son propos l’exemple du cirque, une activité un instant menacée par les nouveaux vecteurs de divertissement. « Regardez l’épopée du Cirque du soleil. Elle a littéralement réinventé la pratique du cirque, tout en restant fidèle aux fondamentaux, et en produisant quelque chose de nouveau. Autre exemple, dans Stratégie océan bleu, le bouquin de management, sont décrites les stratégies qui permettent de marquer la différence dans un environnement saturé. Et ainsi de suite. »

Ce pourvoyeur d’idées siège déjà au conseil d’administration de l’Eseo, son ancienne école, qui lui a tant apporté. De surcroît, il fait partie du réseau Entreprendre, et accompagne des jeunes pousses de façon bénévole. Mais surtout, répondant à une question sur sa pratique sportive, et notamment du vélo, il apporte une réponse qui résume cet entretien : « Je n’abandonne jamais. »

REPÈRES
Erwan Salmon a 51 ans.
Il est marié et père de trois enfants.
PARCOURS (SÉLECTION)
1993
Diplômé de l’Eseo, école d’ingénieurs en électronique, à Angers.
1994 Scientifique du contingent au titre du Service national (Angers). Entre chez Matra Cap Systems, d’abord comme ingénieur en développement logiciel, puis comme spécialiste de la gestion de projet.
1996 Matra Nortel Cellular : multiples postes à responsabilité. La société change plusieurs fois de raison sociale, au fil des fusions et acquisitions.
2006-2007 Executive MBA à HEC.
2009 Avaya : progression jusqu’au poste de directeur général de la filiale française en 2015.
2019 Cheops Technology : directeur régional Île-de-France, notamment.
2020 RingCentral : directeur général France et vice-président Europe de l’ouest.

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J’AIME…
MUSIQUE Queen, Deep Purple, Dire Straits, Jean-Jacques Goldman.
LITTÉRATURE Je suis un fou de BD : j’en ai plus de 800. (Mon père était distributeur de Dargaud et Glénat pour l’ouest de la France.)
CINÉMA Une préférence pour les films d’action.
LIEU La station de La Rosière (Savoie). Un projet : le Kilimandjaro, l’année prochaine.
GASTRONOMIE Mon épouse fait très bien la cuisine. Par ailleurs, mon père et mon beau-père m’ont appris le vin. Et ma fille s’appelle Margaux…
SPORT ET LOISIRS Le ski, sous toutes ses formes : piste, randonnée, raquettes. Le golf, la marche, le vélo de course.