Drone sur un site industriel

La vidéosurveillance sous un autre point de vue

La vigilance par l’image vidéo fait parfois appel à des systèmes atypiques pour offrir une protection maximale. Parmi eux, les drones, les caméras temporaires et le matériel équipant les piétons.

Sur le même sujet
Jan 2022
Par Frédéric Monflier

Les caméras fixes peinent à répondre à l’ensemble des situations, que ce soit pour des raisons techniques ou économiques. Ainsi, un vaste complexe industriel sera difficilement sécurisé par des caméras réparties sur tout le périmètre, car leur coût serait prohibitif. D’où l’envol du drone aérien : équipé d’une caméra, cet engin robotisé offre un point de vue incomparable, tout en se déplaçant de façon automatisée. Outre les zones industrielles, il est appelé à survoler les déchetteries, les entrepôts de véhicules, les chemins de fer, etc. « Le drone automatique résout déjà trois problématiques, détaille Gaëtan Fortuné, directeur général de la startup New-R-Drone : il accélère l’intervention, limite le risque humain et réduit les coûts. » Au déclenchement d’une alarme, cet aéronef se montre en effet plus rapide que le garde pour rallier n’importe quel point du site à 50 km/h, et lever le doute. Si l’intrusion est avérée, la rencontre avec des individus potentiellement dangereux se fait par drone interposé. D’autre part, le budget annuel du gardiennage continuel serait réduit. Car le drone réputé autonome ne requiert pasqu’un élépilote certifié soit présent en permanence ; son rôle initial est de préprogrammer les rondes dans le logiciel de gestion vidéo (VMS). Qu’il intervienne sur alarme ou rejoigne un point ciblé par l’opérateur, l’aéronef ne s’éloigne jamais loin de ces trajectoires prédéfinies. L’opérateur ne commande que la caméra embarquée. Plus d’une dizaine d’acteurs se partagent ce marché naissant. New-R-Drone, Hoverseen, Azur Drones ou encore Delta Drone comptent parmi les acteurs français, côtoyant les israéliens Airobotics et Percepto, notamment.

Portrait Eric Villiers - Hoverseen

« Soumis à rude épreuve, un drone produit en série a l’avantage de la fiabilité »

Éric Villiers, président et directeur d’Hoverseen

FABRICATION ARTISANALE OU INDUSTRIELLE

Le drone de New-R-Drone, fabriqué sur mesure, pèse une douzaine de kilos. Il embarque une caméra thermique Mobotix S16 et des algorithmes de machine learning codéveloppés avec l’école d’ingénieurs Télécom Physique de Strasbourg. Mais le sur-mesure implique un prix élevé. À l’inverse, le drone d’Hoverseen n’est autre que l’Anafi de Parrot, un poids plume de 400 g produit en grande série. Hoverseen doit, certes, faire avec les moyens du bord, dont les capteurs et la caméra 4K. « Cependant, argue Éric Villiers, président et directeur d’Hoverseen, un drone fabriqué en série présente l’avantage de la fiabilité ; ce qui est un vrai sujet du fait des vibrations générées par les moteurs, des écarts de températures, etc. Parrot est aussi réputé pour la performance de ses algorithmes de stabilisation d’image. » Dans tous les cas, le drone fonctionne avec une station d’accueil (sur laquelle sa batterie se recharge) et une partie logicielle dédiée au contrôle, au retour vidéo, à la télémétrie et à la connexion au VMS. Une intégration IT est requise. « Sur un site non équipé, nous fournissons le tout, VMS compris, et nos distributeurs réaliseront la prestation, indique chez Hoverseen, Éric Villiers. S’il existe une infrastructure IT, le gestionnaire disposera d’informations pour réaliser l’intégration, par l’Onvif ou notre API, si les fonctions sont avancées. » La liaison entre le drone et la station d’accueil s’effectue le plus souvent en WiFi, avec une portée de plusieurs kilomètres. Ce dernier présente l’avantage d’être homologué partout dans le monde. La 4G voire la 5G sont envisageables, notamment en liaison de secours, mais une réglementation supplémentaire entre en ligne de compte, un réseau public n’étant pas maîtrisé. Les patrouilles robotisées ne sont plus seulement volantes, mais aussi terrestres. Percepto a, par exemple, recruté une version allégée du robot quadrupède Spot de Boston Robotics. Le distributeur Escadrone réfléchit comment associer drone aérien et robot terrestre, pour maximiser la couverture des bâtiments.

Policier municipal avec caméra piéton

D’ici à fin 2022, chaque fonctionnaire de police sera équipé d’une caméra piéton

(Source : Élysée, septembre 2021)

LA CAMÉRA NOMADE S’INSTALLE

Moins spectaculaires, les équipements temporaires (ou nomades) forment cependant un marché plus mature. Facilement déplaçables d’un point à l’autre, ils sont autonomes, parfois loin des infrastructures électriques et du réseau. Conçu conjointement par Vdsys et Atem, Ramses fait figure d’exemple : monté sur roues, ce système avec caméra et radar de détection périmétrique est doté de batteries et d’un groupe électrogène ; un réservoir énergétique qui le dote d’une autonomie de plus de sept jours. Davantage classiques, les caméras nomades comme la Borne vidéomobile de Pryntec ou la Vigicam de Vdsys se fixent sur un lampadaire public, raccordées au câblage électrique (lire pp. 75 et 76). La batterie se charge la nuit et alimente la caméra le jour, ce qui induit une activité 24h/24. Un enregistreur d’images peut être incorporé. Reste la question de la connectivité pour piloter le système à distance et collecter les images.

DÉSAMORCE LES CONFLITS ET FOURNIT DES PREUVES

La 4G semble un choix naturel mais des zones blanches subsistent, obligeant parfois les fournisseurs à trouver des alternatives, comme la liaison satellite ou le Wimesh. Vdsys dispose de son propre réseau privé à 5 GHz, implanté dans plusieurs centaines de communes. Viennent enfin les caméras piétons à destination de la police et de la gendarmerie, qui enregistrent éventuellement des éléments de preuve et « apaisent des situations conflictuelles », selon le ministère de l’Intérieur. Un premier déploiement de plus de 10 000 caméras Hikvision, livrées par Allwan Security, a eu lieu en 2018. Ce matériel ne donnant pas satisfaction, l’appel d’offre a été renouvelé en 2021 et remporté cette fois par Motorola Solutions. Depuis fin octobre 2021, quelque 30 000 caméras seraient en service, proposant de l’enregistrement collaboratif (avec plusieurs angles de vue), voire le déclenchement automatique de l’enregistrement dès que l’arme est sortie de son étui. Par l’intermédiaire d’une station d’accueil, les vidéos chiffrées sont ensuite transmises à un serveur sécurisé. Seuls les fonctionnaires habilités peuvent les visionner, voire les extraire dans le cadre d’une procédure judiciaire. Après des années d’expérimentations, le déploiement va changer d’échelle. En clôture du Beauvau de la sécurité en septembre 2021, le président de la République a annoncé que chaque fonctionnaire de police sera équipé d’ici à fin 2022, puis les véhicules en 2023.

Drone sur une plage

SURVOLS AVEC VUE SOUS SURVEILLANCE
Officialisée le 31 décembre 2020, la réglementation européenne s’appliquant aux drones aériens sera adaptée progressivement en France. Les drones automatiques à vocation sécuritaire, présentant des risques modérés, doivent voler sous conditions. Mais les scénarios prédéfinis, où sont décrits le type de drone et de vol, l’environnement et les modalités (demandes d’autorisation, etc.), ne sont pas applicables. Chacun des projets d’implantation requiert donc sa propre analyse de risques, et implique le dépôt d’un dossier Sora (Specific operation risk assessment) à la direction générale de l’Aéronautique civile (DGAC). À l’avenir, une étude simplifiée pourrait suffire, en particulier quand seul le lieu de déploiement change. D’ici à ce qu’un scénario standard soit prévu, l’expertise des distributeurs et des revendeurs en la matière est indispensable.