Portrait de Jean-Baptiste Pecchi - Dstny

Jean-Baptiste Pecchi, Country Manager Dstny France – Passionément calme

Attentif, souriant et simple, Jean-Baptiste Pecchi détonne dans un univers souvent gonflé à l’hélium du stress et des paradis artificiels. Sa manière posée d’aborder les situations façonne sa réussite. Rencontre avec un patron hors norme.

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Avr 2022
Par Pierre-Antoine Merlin, à Marseille. Photos François Moura, andia.fr

Jean-Baptiste Pecchi vient de prendre des fonctions exaltantes mais écrasantes, en tant que responsable pour la France de Dstny, une des étoiles montantes des télécoms. Tout devrait pourtant lui inspirer une tension visible : le fait d’agir dans un secteur crucial, mais aussi la croissance rapide de son entreprise, ou encore la pratique intensive des fusions et acquisitions, avec son lot de surprises, d’ajustements techniques et surtout humains. Le tout, évidemment, à accomplir sans délai. Avec cette contrainte supplémentaire, qui tranche avec l’ambiance d’hier : aujourd’hui, dans le monde des affaires, le droit à l’erreur n’existe pas. C’est, au mieux, un lointain souvenir. Un exemple entre mille de ce calme étonnant dont fait preuve Jean-Baptiste Pecchi. À peine descendu du TGV matinal, son interlocuteur du jour, qui se trouve être l’auteur de ces lignes, se voit prestement embarqué vers les collines qui dominent Marseille, direction le restaurant. Un havre de paix, joli, silencieux. Dans un village préservé, où l’âme de Marcel Pagnol flotte encore, on domine la vallée, la grande ville, les escarpements, et l’accent, l’assent qui se promène et qui n’en finit pas. « Ce village s’appelle Allauch, mais les deux dernières lettres ne se prononcent pas. Ce qui donne allô… logique, pour une boîte de télécoms », sourit le dirigeant de Dstny – dont on n’ose lui demander, en retour, comment elle se prononce.

Portrait de Jean-Baptiste Pecchi - Dstny

« Je crois à la coconstruction
car pour réussir, il faut être
créatif en termes techniques
comme en marketing »

ACTEUR DE SA VIE

Enfin, les choses sérieuses débutent. Jean-Batiste Pecchi se pose dans un bureau de l’hôtel Technologique Marseille Innovation. Il aborde sa vie et raconte, là encore, tranquillement. Son enfance et ses années de formation se déroulent à Marseille, entre une mère professeur d’allemand, un père qui travaille dans une société de transport, et une soeur. « J’ai été élevé dans le quartier Saint-Julien. C’est un quartier très mélangé, mais j’ai le souvenir que tout fonctionnait plutôt bien. En fait, Marseille, c’est une myriade de quartiers. Il y en a 111 ! Comme j’étais de Saint-Julien, je pensais que c’était une ville, et qu’elle était englobée dans un gros ensemble qui s’appelait… Marseille. » Et l’école ? « J’y ai beaucoup appris, en particulier la géographie. Il faut savoir qu’à Marseille, tu supportes l’OM. C’est obligatoire. À l’école primaire, on apprenait la géographie de la France, et aussi celle d’autres pays, en étudiant les déplacements de l’OM. Plus tard, je me suis retrouvé dans des villes que je connaissais depuis mon enfance, grâce à cela. » À l’adolescence, il comprend deux choses qui vont l’accompagner toute sa vie. D’abord, il possède quand c’est nécessaire une grande capacité de travail, vite mise à profit : passionné de mathématiques, doué pour les sciences exactes, il s’engage dans l’aventure studieuse et exigeante des classes préparatoires, juste après le bac. Ensuite, Jean-Baptiste Pecchi prend conscience, en partie grâce à la pratique intensive du sport, que « le collectif est souvent plus fort que la somme des individualités. Il suffit de regarder le foot pour comprendre comment cela se passe sur le terrain ». S’ensuit une discussion passionnante, impossible à relater en détail ici, à propos de la façon dont l’exercice physique, la vie cérébrale et le tempérament managérial coïncident. L’idée force expérimentée par ce patron, à la fois observateur et acteur de sa trajectoire, est que tout marche en structure. Que chaque élément compte, les attitudes comme les réflexes et les enchaînements. D’où, peut-être, l’impression de plénitude qu’il dégage. De ses premières expériences professionnelles, il retire plusieurs enseignements. Et tient à les faire connaître à son interlocuteur, sans que celui-ci lui demande. De son passage chez Bouygues, par exemple, il retient « la vision du long terme qu’a insufflée Martin Bouygues, y compris et surtout en pilotant son groupe. La vision, chez un chef d’entreprise, n’est pas si évidente. Chez Niji, j’ai observé la capacité à apporter de la création et de la valeur. Et chez Futur Télécom, c’était encore autre chose : les créateurs venaient du monde du sport ! » Jean-Baptiste Pecchi n’est pas homme à raconter sa vie dans un CV ou sur une page LinkedIn, à seule fin de se sentir moins seul. Il raconte son parcours avec un vrai sens de l’observation, un intérêt pour la connaissance, et l’étude empirique des relations qui existent de façon ontologique dans le monde du vivant. C’est un philosophe du concret.

Portrait de Jean-Baptiste Pecchi - Dstny
« Le foot fait comprendre pourquoi le collectif est souvent plus fort que la somme des individualités »

« IL N’Y A PAS DE LIMITE »

Portrait de Jean-Baptiste Pecchi - Dstny

À plusieurs reprises au cours de cet entretien, Jean-Baptiste Pecchi utilise l’expression il n’y a pas de limite. C’est le cas pour qualifier son arrivée chez OpenIP, en 2016. « À l’époque, je viens pour aider Laurent Silvestri, fondateur d’OpenIP, mais c’est tout. Car à ce moment-là, j’ai créé mon entreprise. J’arrive donc pour seulement plusieurs mois afin de lui apporter quelque chose de l’ordre de la structure, car lui, c’est vraiment un défricheur. Avec lui, d’ailleurs, il n’y a pas de limite. Quant à moi, je ne suis pas un nerveux rentré, je suis un vrai calme. Et les choses fonctionnent. Nous sommes bien complémentaires. Et c’est justifiable, il n’y a pas de limite. Il n’y a aucune raison de se mettre des barrières, comme dans mes loisirs : j’aime depuis toujours me balader, que ce soit 10 km autour de la maison ou au bout du monde, peu importe. Il nous arrive, ma femme et moi, de partir le week-end à pied, sans itinéraire préalable. » On aimerait avoir cette sagesse de soufi à la René Guénon… Une question se pose, toutefois. Cette praxis revendiquée, faite d’alliance entre le corps et l’esprit, s’applique-t-elle sans difficulté dans le pilotage d’une entreprise, surtout à l’heure de l’économie numérique ? Oui, sans doute, à condition de respecter quelques règles simples. Jean-Baptiste Pecchi s’efforce de jouer une partie délicate, faite d’arbitrage, d’honnêteté intellectuelle et d’engagement. « Mon rôle, c’est d’éclairer le terrain de jeu. Il faut qu’en permanence, tout soit clair pour tout le monde. Il faut éviter les malentendus ou les conflits qui s’installent. Veiller en chaque circonstance à défaire les noeuds. Éviter le top down, qui est tout sauf du management. En d’autres mots, il y a un minimum de culture commune à créer, surtout quand les membres du groupe dont vous avez la responsabilité viennent d’horizons différents. » Ce qui est le cas dans une entreprise qui grandit vite, notamment par fusions successives. Jean-Baptiste Pecchi complète son propos en se risquant, avec une certaine pertinence, à l’analyse macroéconomique. « Dans l’économie numérique en général, et dans les télécoms en particulier, nous opérons sur un marché d’offre, beaucoup plus que de demande. Pour réussir, il faut donc être créatif, en termes techniques comme en marketing. C’est pour cette raison que je crois beaucoup à la notion de coconstruction. C’est un concept essentiel, qu’il faut s’approprier et mettre en oeuvre. Sachant que tout repose sur la confiance. Pour moi, le débat qui consiste à savoir s’il faut être un responsable de type contrôlant, ou bien un manager faisant confiance, n’a tout simplement pas de sens. Il faut faire confiance. On n’a pas le choix. En ce qui me concerne, je n’ai pas le choix. »

Portrait de Jean-Baptiste Pecchi - Dstny

« Contrôler ou faire confiance ? La question n’a aucun sens : il faut faire confiance. On n’a pas le choix. »

« L’INTERDÉPENDANCE OBLIGE À ÊTRE AU RENDEZ-VOUS »

Alors, jamais de pression ? Le moins possible, en essayant d’être conscient de la lourde responsabilité qui consiste à travailler la pâte humaine et à façonner, ne serait-ce que de façon partielle, les destinées particulières. « Mon plus gros stress, c’est de compter de très nombreux partenaires et clients. Ce sont autant d’individus qui dépendent de nous, directement ou indirectement. Il existe donc, dans cet écosystème, une notion puissante d’interdépendance. Il faut être au rendez-vous. Et cela me touche personnellement. » Quant à la suite, elle s’annonce encore lointaine. Jean-Baptiste Pecchi demeure maître des horloges, les siennes propres et celles de son entourage, autant qu’il est possible.

CULTIVER SON JARDIN

Portrait de Jean-Baptiste Pecchi - Dstny

Ce qui n’empêche pas d’avoir une idée sur la nature de ses envies, et toujours en laissant la place à l’imprévu. Tout dans son parcours en témoigne : son goût vif pour les maths, qui l’amène en douceur vers les télécoms, son amour de la vie et de la découverte montre une capacité d’adaptation bien réelle. De fait, le verbe amener arrive souvent dans sa conversation. Si l’on devait la résumer : les choses se font. Avec une dose d’acceptation, aussi. « Pour l’instant, je suis étonné d’être là où j’en suis. Après ? J’aimerais bien m’impliquer davantage dans l’économie locale, celle de ma région. C’est une chose à laquelle je pense souvent. Comme je pense à cette phrase de Voltaire : il faut cultiver notre jardin. Quand le moment sera venu, je me vois assez bien appliquer cette maxime. M’occuper de Marseille, faire des choses utiles, des choses qui me plaisent. » L’impression qui ressort de cette rencontre est que Jean-Baptiste Pecchi est le même dans tous les compartiments du jeu. Plus encore qu’avoir, être lui est naturel.

REPÈRES
Jean-Baptiste Pecchi a 44 ans. Il est marié et père de deux enfants.

PARCOURS (SÉLECTION)
1995
Après une scolarité au lycée Thiers de Marseille, il obtient un baccalauréat scientifique (série S) avec option Mathématiques.
2000 Diplôme d’ingénieur en Technologies de l’information obtenu à Telecom Bretagne. Occupe un premier emploi chez Siemens à Munich.
2004 Head of Mobile Services Line of Business, Niji
2016 Fondateur de CloudBiz, et simultanément COO puis General Manager, OpenIP.
Depuis 2021 Country Manager de Dstny pour la France, avec pour but d’en développer la présence sur le territoire national en commercialisant une série d’innovations autour du mobile, de la convergence et des communications unifiées.

J’AIME…
MUSIQUE Le rap marseillais ! Massilia Sound System, IAM et Kid Francescoli. La pop italienne, comme Calcutta.
LITTÉRATURE Fred Vargas, Hervé Le Tellier (L’Anomalie).
FILMS Les films de Claude Lelouch (Tout ça pour ça, La Belle Histoire, Itinéraire d’un enfant gâté). À la télévision : Gomorra.
GASTRONOMIE J’aime cuisiner : les farcis provençaux avec une farce bien préparée, la tarte aux noix et au caramel, les lasagnes, ou plutôt mes lasagnes. Côté boisson, la Mauresque, apéritif à base de pastis et de sirop d’orgeat.
SPORTS Triathlon, natation, vélo et beaucoup de football.