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Christophe Chamy, Directeur général de Mitel France : battant et secret

Sous l’armure de ses responsabilités, voici un manager sensible, plongé dans les télécoms, secteur peu réputé pour sa philanthropie. Une complexité apparente qu’il souhaite résoudre en marchant, fort d’un élan vital communicatif.

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Oct 2019
Par Pierre-Antoine Merlin, photos Jim Wallace

Un sourire franc, qui évoque celui de l’acteur américain Ben Affleck. Un abord discret, agréable, charmant presque, comme nimbé d’une certaine classe qui appelle la sympathie. Voilà Christophe Chamy, l’homme fort de Mitel en France. Au-delà de cette première impression, celui-ci suscite chez son interlocuteur un étonnement constant, tant son parcours est singulier. « Je suis né en 1971 au Sénégal, au sein de la diaspora libanaise. D’où, peut-être, mon goût pour l’international. Mon père tient un commerce d’articles de sport, tandis que ma mère est agrégée de lettres. » En quelques phrases, le décor est planté. Inhabituel. Christophe Chamy s’exprime avec naturel, c’est une affaire entendue, mais son naturel, justement, est spécial. D’un ton calme, le futur patron de Mitel décrit alors des situations a 48 ans. Il est marié et père hors du commun – à tout le moins insolites : « Avant le bac, je fais mes premières armes commerciales, je travaille un peu chez Xerox… à la vérité, j ’adore le contact. J’ai une personnalité pour laquelle le coaching est primordal. »

L’EMBARRAS DU CHOIX

portrait de Christophe Chamy

Pour le moment, ce sont encore les études secondaires qui priment, sanctionnées par un baccalauréat C. Ce précieux parchemin, longtemps symbole de sésame pour la vie entière, grâce à la propagande des « niveau-montistes », signe alors son arrivée en France. « J’ai 17 ans. J’arrive seul en région parisienne. J’habite Courbevoie, et, tous les jours, je traverse le Pont de Neuilly. » Pour le jeune Christophe, tout change. On pourrait s’attendre à un dépaysement attristé. Du Sénégal à la ligne 1 du métro, il y a davantage qu’un monde. Or, c’est tout le contraire qui se produit. Est-ce dans ses gènes, son tempérament, son caractère ? Toujours est-il que sa nouvelle vie se déroule plutôt bien, pour une raison simple : il la prend par le bon bout. « Derrière chaque risque, il y a une opportunité. On apprend de tout. … C’est particulièrement vrai à cette époque de ma vie. J’essaie Maths Sup, mais je n’ai pas le code. Puis, je rentre dans une école d’ingénieurs orientée vers le numérique. D’une façon générale, j e souhaite à tout le monde une telle formation sur le tas. »

portrait de Christophe Chamy

C’est déjà une forme d’alliance très personnelle, entre simplicité et complexité, avec en filigrane un refus de l’extraversion. Il appuie sur l’accélérateur de sa vie, tout en serrant le frein à main de son for intérieur. En attendant, il lui faut décider de son parcours professionnel. Or, quand on a l’embarras du choix, on a surtout l’embarras. Christophe Chamy est intéressé par l’ingénierie, mais aussi par le commerce, et aussi par la littérature. Le côté paternel d’une part, le côté maternel de l’autre. Il décide alors de s’orienter vers l’IT et le commerce. Un choix réducteur ? Pas forcément. Christophe Chamy pressent, à raison, que l’informatique, les réseaux et les télécoms rejoignent le train du business et de la finance. La mondialisation est en marche, et elle se fera autour du numérique. « Dans les années 1990, on est aux prémices de cette agitation. » Plus tard, on appellera ça la nouvelle économie, puis la convergence. Demain, ce sera la prise universelle. La connexion absolue. S’en réjouir ?

« Ce que j’ai réussi pour l’obtention des objectifs, c’est la transformation de mon management en coaching permanent »

Christophe Chamy, directeur général de Mitel France

MANAGER ATYPIQUE

portrait de Christophe Chamy

Une fois la décision prise, il n’y a plus qu’à dérouler. Christophe Chamy entre chez Matra. « C’est en croisant les gens sur le chemin du restaurant d’entreprise que naît ma vocation. Celle des autres, de l’échange, des voyages aussi. On me propose un poste à responsabilité. Je suis seul : c’est le moment. Je n’ai pas de plan de carrière bien identifié. Je n’hésite pas à sortir de ma zone de confort. L’expérience me mène là où il faut. » Et d’ajouter comme pour lui-même : « Encore une fois, je n’ai pas de plan de carrière. Je ne suis pas ballotté. Je suis en introspection permanente. Je solde, et j e repars. » Ce sera son viatique pour avancer. La trajectoire est tracée : par le jeu de fusions et des acquisitions, Christophe Chamy monte avec la marée. Mais, surtout, il ajoute sa patte personnelle, si originale, à chaque étape d’une progression régulière. Matra Nortel, EADS, Aastra, Mitel… les poupées russes s’imbriquent les unes dans les autres avec des circonstances ou en des lieux différents, selon des fonctions essentiellement axées sur le commercial et le marketing. « Mitel rachète Aastra en 2014. Dans le même temps, le monde du business, notamment dans les télécoms, devient de plus en plus dur, de plus en plus compétitif. Mitel est en haut. Nous sommes la cible de la concurrence. » mode de management se confirme. « Je donne tout. Je réfléchis toujours à la meilleure manière d’embarquer avec moi mes équipiers. » le mot est lancé, et il n’est pas innocent. Depuis que cette série de portraits existe dans l’E.D.I, c’est la première fois qu’une personnalité « portraitisée » utilise ce vocable, si parlant, si connoté à l’univers maritime. Sur l’eau, tout le monde a besoin de tout le monde. « Je mets en place le coaching, le management, la qualité de vie au travail. Parfois, ce sont des choses toutes simples, comme un petit déj euner partagé ensemble. »

portrait de Christophe Chamy
« J’indique où l’on est, où l’on veut aller, et comment ça va se passer. Je crois en l’accompagnement, à la pédagogie, à l’éducation. »

COMMENT UNIR HUMANISME ET BUSINESS

portrait de Christophe Chamy

Dans tous les cas de figure, la finalité reste cependant la même : le chiffre, le résultat. Faut-il alors céder à la tentation du management brutal ?
« Ce n’est pas possible. Ce que j ’ai réussi pour l’obtention des obj ectifs, c’est la transformation de mon management en coaching permanent. » Certes, mais ces exigences ne sont-elles pas contradictoires ? La dictature du quaterly report s’accorde-t-elle vraiment avec l’humanisme ? Une pause, puis : « Ma solution pour résoudre ces différents enjeux, pour surmonter les difficultés, c’est de faire. Tout revient à cela. J’indique aux uns et aux autres où l’on est, où l’on veut aller, et comment ça va se passer. Je crois en la pédagogie, à l’éducation, à l’accompagnement. » Cette façon d’exprimer les enjeux de la feuille de route sert aux équipiers, mais aussi à lui-même. Écouter, parler, échanger : c’est essentiel pour dégonfler les bulles, quelles qu’elles soient. Ce qui est vrai en macroéconomie l’est tout autant en entreprise. Au fond, le lien qui unit humanisme et business chez Mitel est peut-être à rechercher dans une expression qui est revenue, à plusieurs reprises, dans la bouche de Christophe Chamy. Il s’agit de la culture du human centric, celle qui consiste à placer l’être humain au centre du dispositif professionnel. Le directeur général de Mitel France est tout entier dans sa projection, mais celle-ci ne se conçoit qu’avec l’attention aux autres et la gentillesse qui n’est pas la niaiserie. Comment mettre tout cela en ordre de marche ? En appliquant la doctrine du maréchal Foch : « Mon centre cède, ma droite recule. Situation excellente, j ’attaque ! »

REPERES

Christophe Chamy a 48 ans. Il est marié et père de deux enfants

Parcours

1988 – Bac scienti􀀭que, puis Maths sup, et EFREI (École d’ingénieur généraliste en informatique et technologies du numérique).
1997 – Matra Nortel Communications : International Sales for Eastern Europe & CALA
2002 – EADS Telecom : Marketing Operations Manager
2005 – Aastra France : National Key Account Manager, puis Sales Director, Large Account Division
2014 – Mitel : Regional Sales Director, puis Sales Director, et désormais Managing Director & Country Sales Director de Mitel France.

J’aime…

Musiques – De Hans Zimmer à la rumba africaine ! Et aussi la musique pop rock des années 1980 et 1990, comme Simple Minds. La scène électronique contemporaine.
Littérature – Baudelaire et à ses Fleurs du Mal. Mais tout dépend de la sensibilité du moment : L’Âge d’or de Diane Mazloum, par exemple, voisinera avec un roman noir comme Les Rivières Pourpres de Jean-Christophe Grangé.
Cinéma – Le Parrain, un pur chef-d’œuvre. Batman et son côté sombre : il prend des coups. Dans un genre différent : Jacques Tati et Christopher Nolan.
Lieux – Le prochain endroit que j’irai visiter. Zola disait : « Rien ne développe l’intelligence comme les voyages. » Le Japon, Copenhague, les terroirs et villes françaises passionnantes
Gastronomie – La gastronomie française et libanaise, bien sûr. Et pour les vins : aussi bien le ksara que le saint-émilion.
Passions – Mes fils, le foot et le rugby.