Dirigeants ASI

ASI : Quand service et humanisme vont de pair

Moins de négoce, plus de conseil, et une trajectoire maîtrisée, sans à-coup notable. Cette ESN originale tente la symbiose entre performance et bien-être au travail. Y compris par temps de Covid.

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Nov 2020
Par Pierre-Antoine Merlin, photos Martial Ruaud, andia.fr

Voici une entreprise discrète : ASI. Un havre de paix inattendu. Son berceau se trouve à Saint-Herblain, à proximité immédiate de Nantes, au sein d’une pépinière d’entreprises impersonnelle qui rappelle davantage le quartier d’affaires de la Défense, que la Bretagne ou la Vendée – toutes proches, pourtant. Dans ce contexte banal, le visiteur masqué débarquant de son TGV matinal est agréablement surpris de trouver calme, décontraction et sens de l’accueil. Deux éléments se dégagent. D’une part, l’importance que revêt ASI dans son écosystème. Elle apparaît comme l’un des maillons centraux de la chaîne de valeur numérique française. Le second élément qui frappe, c’est la simplicité, depuis l’hôtesse d’accueil téléphonique jusqu’au président. Pas de vedette, ni de star, pas d’usage intempestif de la novlangue anglo-saxonne. Travailler sérieusement, sans se prendre au sérieux : tel semble être le mot d’ordre implicite de cette petite communauté d’hommes et de femmes. Chacun acclimate cette façon d’être avec ses propres mots, son tempérament, sa personnalité, avec naturel et sans apprêt. « Sans changer notre culture, nous avons tout de même beaucoup évolué ces dernières années », tempère Magali Barbey, directrice marketing, communication et RSE (responsabilité sociale des entreprises) du groupe ASI. « Il y a dix ans, nous réalisions encore 30 % de notre C. A. dans le négoce. Alors premier partenaire d’IBM dans le logiciel collaboratif, nous étions un interlocuteur majeur de Business Objects dans d’autres secteurs. » Aujourd’hui, le coeur de métier du groupe réside plutôt dans le service, le conseil, la prestation immatérielle. « Cette logique de service est essentielle pour nous, confirme Christophe Péron, directeur général et directeur Grand Ouest. Au fil du temps, nous sommes montés en charge, afin d’aborder globalement les métiers du conseil et de l’ingénierie. L’objectif, lui, n’a pas varié : aider les organisations clientes à réussir au mieux leur transition, leur transformation numérique. C’était, de toute façon, le sens de l’histoire, cela ne fait aucun doute. Mais je crois que nous avons pris très rapidement cette direction. En tout cas, avant que le marché ne s’y intéresse. »

Magali Barbey - ASI

« Sans changer notre culture, nous avons tout de même beaucoup évolué ces dernières années »

Magali Barbey, directrice marketing, communication et RSE

Et Cédric Étienne, directeur général de l’entité ASI 360, précise : « Notre métier, c’est d’offrir un service complet à destination des grandes entreprises et des ETI. Par exemple, en disposant en interne d’un studio de web design, avec, notamment, la présence d’un directeur artistique. C’est donc du design dans les deux sens du terme : anglais et français. Le fond, car on est dans la phase de conception ; la forme, car il y a de l’esthétique, de l’ergonomie, du didactisme, de la pédagogie et de la représentation visuelle. » Cette façon d’afficher les besoins du client, et de voir, côté prestataire, le meilleur moyen de les satisfaire, constitue l’un des points forts d’ASI. « Nous travaillons avec des spécialistes, sachant qu’eux-mêmes travaillent entre eux. » Joignant le geste à la parole, Cédric Étienne explique que dans la culture du groupe, « on ne se contente pas du savoir-faire. On vise aussi le savoir-être ». C’est ce qui fait toute la différence. Cette envie de faire, soit en mobilisant ses propres ressources, soit en jouant le rôle de maître d’oeuvre ou de chef d’orchestre de haut vol, se concrétise dans trois domaines d’intervention. D’abord la numérisation des processus et services. Elle inclut, par exemple, le développement d’applications métier et les multiples services aux clients. Ensuite, la data intelligence, véritable pierre philosophale des temps modernes. On pense ici au reporting et à l’exploitation du big data, sujet à peu près inépuisable. Enfin, il faut compter avec la connaissance et le collaboratif : éléments complexes, difficiles à manier, mais extrêmement concrets. On y trouve l’intranet, le portail collaboratif et le réseau social d’entreprise. Ce dernier point est capital, car c’est lui qui fait la liaison avec un sujet auquel tiennent beaucoup les dirigeants d’ASI : la recherche et le respect de la
responsabilité tous azimuts.

Christophe Pieron - ASI

« Au fil du temps,nous sommes montés en charge, afin d’aborder globalement les métiers du conseil et de l’ingénierie »

Christophe Péron, directeur général et directeur Grand Ouest

Elle passe par l’humain, bien sûr, mais aussi, et c’est connexe, par l’usage raisonné mais déterminé de l’écologie dans les métiers du numérique. Là aussi, ASI se distingue. Moins par le verbe – commun à ses confrères et rivaux – que par la sobriété, agrémentée d’un sens aigu de l’utilité sociale, et surtout, de l’action.

Jean-Paul Chapron - ASI

« La RSE, la labellisation et l’amélioration continue, fédèrent les collaborateurs sur un sujet doté de sens »

Jean-Paul Chapron, président d’ASI

INCUBATEUR DE TALENTS QUI MANIFESTENT LEURS ENVIES

Il n’est pas d’usage, dans le cadre de cette rubrique, de s’appesantir sur la responsabilité à 360 degrés de l’entreprise. Mais chez ASI, c’est presque un métier. Cette préoccupation est imbriquée dans ses missions. « Il y a une dizaine d’années, j’ai participé à une réunion où il était question de la RSE, se rappelle Jean-Paul Chapron, président d’ASI. Cela m’a vivement intéressé. L’orateur, à un moment, s’adresse à moi et dit : ‘‘Mais toi, tu le fais déjà !‘‘ C’est ainsi que ça a commencé… On a mis en place le partage des bonnes pratiques, le suivi des actions, et tout ce qui concerne l’engagement. Le mouvement était lancé. »

Cedric Etienne - ASI

« Notre métier, c’est d’offrir un service complet à destination des grandes entreprises et des ETI »

Cédric Étienne, directeur général d’ASI 360

En 2009, un nouveau cap est franchi avec la mise en oeuvre du bilan carbone à l’agence de Rennes. « On a fait ce qu’il fallait faire. C’est important pour nous en interne, bien sûr, mais aussi vis-à-vis de l’extérieur, et pour l’ensemble de l’écosystème de notre société. » L’année 2015 voit, elle, la signature d’un accord sur le télétravail – encore une décision très antérieure à la majorité de la profession. Quelle que soit la nature de ces avancées, qu’on ne peut pas toutes citer car la liste est impressionnante, le point commun reste l’amélioration de tous et de chacun dans le cadre d’un projet ambitieux… mais réaliste. « La mise en place de la RSE, le fait d’aller jusqu’à la labellisation et suivre un programme d’amélioration continue, tout cela fédère les collaborateurs autour d’un sujet doté de sens. D’autant que la gestion des talents est une situation épineuse dans nos métiers du service. » Dans cette optique, ASI applique le concept happy team : un petit groupe (quatre personnes au minimum) qui manifeste une idée, formule une envie, peut se voir allouer un espace-temps consacré à sa réalisation. Certains projets aboutissent, d’autres pas. Tout part de l’envie. Décidément, cette ESN se comporte à la manière d’un incubateur de talents, presque comme une entité de développement personnel, au sein d’une organisation professionnelle. D’ailleurs, Jean-Paul Chapron ne prise guère l’ancienne dénomination SSII, qui a longtemps prévalu pour désigner le service IT à la française. Pas plus que le terme actuel ESN (entreprise de services du numérique). Pour ASI en tout cas, il préfère le vocable « cabinet d’expertises numériques ». Toujours cet esprit de méthode, de précision, jamais dans l’emphase. Il faut enfin insister sur l’engagement écologique d’ASI. Tout est lié : le développement logiciel, le service rendu au client, la qualité de vie au travail, le respect de l’environnement dans la production numérique. Là encore, le président d’ASI se veut très précis. « On le sait peu, mais nous sommes en mesure de mettre du green dans le logiciel. Ainsi, suivant le langage de programmation que vous choisissez, vous obtenez un rapport de 1 à 100 en termes de consommation CPU. Résultat, l’écoconception de logiciel est une réalité technique et industrielle pour le bien de tous. » Autre chiffre effrayant dans son constat, mais encourageant par sa progression potentielle : « Nous avons réalisé notre bilan, notre empreinte carbone. Chez nous, cela représente quatre tonnes par salarié et par an. Le but, c’est de diviser ce montant par deux d’ici à 2030. » Au fond, ASI se place au coeur de la chaîne de valeur : rien de ce qui est numérique ne lui est étranger. En se comportant comme un laboratoire interne, totalement tourné vers ses clients via des processus humains et professionnels particulièrement innovants, ce cabinet d’expertises numériques trace une voie qui fera des émules.

FICHE D’IDENTITÉ D’ASI
Création : 1993
Siège social : Saint-Herblain (Loire-Atlantique)
Président : Jean-Paul Chapron
C.A. : 38 M€ (dernier exercice connu)
Nombre d’employés : 450
Parmi les principaux fournisseurs : Microsoft, Efficy, Sciforma, Arrow ECS
Type de clients : ETI et grands comptes essentiellement