Portrait de Jean-Noel de Galzain - Hexatrust

“Toute la filière cyber est sur le qui-vive”

Alors que la guerre en Ukraine fait craindre une vague de cyberattaques, l’Europe et la France dépendent encore d’un marché de l’armement numérique dominé par des acteurs étrangers.

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Avr 2022
Jean-Noel de Galzain Président d'Hexatrust - Propos recueillis par Thierry Bienfait

La France est-elle menacée par une offensive dans son cyberespace ?

Notre pays est mieux armé que jamais pour répondre à des attaques sur le front cyber. Bénéficiant d’un effort budgétaire de la part de l’État, l’Anssi manifeste son efficacité en outre par des partenariats public privé avec des acteurs français de la cybersécurité. Toute la filière cyber est sur le qui-vive. Nous voici déjà fédérés par le projet cybersécurité et sécurité de l’IoT piloté par le le CSF Industries de sécurité. Par anticipation, nous sommes à l’oeuvre pour accélérer, dans les organisations, le déploiement d’outils de sauvegarde, d’authentification, de sécurisation des accès, de supervision de la sécurité, etc., voire pour conseiller le recours aux services managés.

« La France dispose d’acteurs cyber mobilisés, dotés de solutions de sécurité performantes »

Faut-il s’inquiéter que tant d’administrations et d’entreprises françaises stockent leurs données sensibles « à ciel ouvert », chez des acteurs du cloud tout-puissants ?

Comme en matière de RSE, les performances technologiques et les pratiques tarifaires pour des solutions de stockage des données ne devraient pas être leurs seuls motifs de décision. En effet, choisir des technologies souveraines s’avère fondamental pour protéger notre économie. Or les solutions dominant le marché du cloud sont celles de géants américains soumis à l’extraterritorialité. Cependant, il existe des acteurs français – certains sont labellisés France CyberSécurité – capables de concurrencer les Gafam, comme Outscale, Oodrive, EBRC ou AntemetA. En outre, le milieu francofrançais ne doit pas non plus renoncer à la bataille qu’il livre sur le marché des solutions de cybersécurité, comme Egerie, Gatewatcher, Ilex International ou encore Wallix.

Même au nom de la défense militaire, industrielle et économique, n’avez-vous pas le sentiment de prêcher dans le désert ?

L’Union européenne et la France ont, certes, pris beaucoup de retard. Mais il est encore temps d’accélérer dans le processus de rattrapage. Le commissaire européen Thierry Breton, refusant tout fatalisme, estime que nous avons de nombreux atouts technologiques pour relancer le continent dans la bataille des données. Si, comme l’estiment les analystes, le volume total de données produites sera multiplié par dix d’ici à cinq ans, le marché français peut tabler sur de formidables opportunités dans un avenir proche. Cela impliquera, pour la filière cyber, de bâtir des offres souveraines, façonnées à la taille de ce marché, respectant nos règlements, et conformes à nos intérêts nationaux. Et ce n’est pas parce que Thales s’est allié à Google que les ETI, PME et startup innovantes françaises ne peuvent pas collaborer entre elles pour faire face à ces mastodontes, afin de reprendre la main sur nos données. Reste à faire connaître ces acteurs français auprès des clients.

Quelles sont les priorités pour recouvrer notre souveraineté numérique : autonomie technologique ou régulation de l’usage des données ?

La régulation du numérique est un sujet central. Avant le RGPD, la France avait déjà montré la voie dans l’UE en initiant la directive européenne NIS [Network & information system security], puis en la transposant en règles de sécurité édictées par l’État, et s’appliquant à des centaines d’opérateurs de services essentiels publics ou privés. Pour répondre à ces obligations, la France a la chance de disposer d’acteurs cyber mobilisés, et dont les solutions de sécurité numérique sont performantes. Autant de professionnels qui luttent contre les menaces en ligne en coopérant au sein du nouveau Campus Cyber, avec l’Anssi, les services de renseignements et la gendarmerie. Nous réclamons maintenant au gouvernement une politique industrielle ambitieuse grâce à laquelle l’écosystème se développera et prospérera, en rebattant les cartes de la chaîne de valeur afin de reconquérir le marché cyber, et gagner l’indépendance des territoires numériques européens.

BIO EXPRESS
Jean-Noël de Galzain est P.-D.G. et fondateur de Wallix Group, spécialisé dans la cybersécurité des accès. Impliqué dans l’écosystème de l’innovation et de l’investissement, il crée en 2014 le groupement Hexatrust qu’il préside. En outre, il est directeur du projet cybersécurité et sécurité de l’IoT, mené par le Comité stratégique de filière Industries de sécurité. Par ailleurs, vice-président du pôle de compétitivité Systematic, il fonde, en 2021, le fonds d’investissement Cyber Impact.