Mise en place d'une page sur un copieur numérique

Un marché de l’impression toujours à la page

Confrontés à un ralentissement des ventes d’imprimantes depuis des années, les constructeurs tablent sur les logiciels et les services. Paradoxalement, la pandémie a relancé leur activité.

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Sep 2021
Par Thierry Bienfait

Depuis l’an 2000, les professionnels de l’impression auront connu plusieurs retournements de marché. Durant les années fastes, l’offre a explosé, allant des jet-d’encre monofonction à des modèles laser couleurs, en passant par les tout-enun et les ultracompactes portables. Rapidement, ces bijoux de technologie se sont imposés au sein des entreprises, gourmandes de gros volumes d’impression, mais aussi dans les foyers, en raison de tarifs de plus en plus accessibles. Puis, la technologie s’est banalisée, entraînant un ralentissement durable, suivi d’une brutale chute des ventes. Les premiers signaux ont pris la forme d’une sensibilisation à l’écologie, par des messages tels que « Pensez à l’environnement, n’imprimez cet e-mail qu’en cas de réelle nécessité », « Imprimez recto verso plusieurs pages sur une même feuille », ou « Limitez la communication papier et économisez les cartouches d’encre ». Voilà qui a fait reculer les ventes d’équipements, en volume et en valeur, même dans le B2B. « Les entreprises et les administrations continueront à rationaliser leurs dépenses d’impression, lesquelles représentent en moyenne 12,5 % de leur budget informatique, et à réduire leur nombre d’appareils », expliquait le cabinet Xerfi en 2017, cité dans Challenges. Conjointement, l’essor de la dématérialisation, des terminaux mobiles et du stockage à distance par le cloud computing a modifié en profondeur le modèle économique de ce secteur devenu marché de commodité.

3,4 millions de multifonctions A4 et A3 ont été commercialisées en 2020.

Source : Snessii

PLACE AUX SOLUTIONS DE GESTION DE L’INFORMATION

Pour faire face à ce changement de paradigme, les constructeurs, confrontés à une pression concurrentielle intense, ont d’abord tenté de se renouveler, en proposant des matériels haut de gamme, dimensionnés pour les entreprises, enrichis d’innovations technologiques destinées à augmenter la rapidité d’impression, améliorer la qualité du rendu, et optimiser la consommation des encres. Ils ont ouvert des boutiques d’applications pour imprimantes, permettant aux utilisateurs d’accéder à des services connectés à Internet. Des fonctions ont également fait leur apparition, comme le WiFi, les écrans tactiles grand format, les applications d’analyse de contenus, la numérisation intelligente, les outils d’interopérabilité avec des applications métier, etc. Cependant, cette diversification des produits n’a pas évité l’érosion continue des marges. Jamais à court de ressources pour dénicher des relais de croissance, les fabricants se sont finalement mués en éditeurs de logiciels et en sociétés de services informatiques. Pour enrayer la baisse des ventes dans le corporate, la commercialisation des imprimantes est en effet vite devenue indissociable de celle de solutions de gestion de l’information au sens le plus large du terme. Tous les grands groupes ont donc voulu développer le marché des services managés où la valeur ajoutée a remplacé le volume.

90 % C’est ce que représente la distribution des imprimantes multifonctions sur le marché de l’Hexagone.

Personne en télétravail qui utilise une imprimante personnelle

LES SERVICES D’IMPRESSION MANAGÉS S’IMPOSENT

+11 % C’est la hausse des ventes en A3

Source : Snessii, 2020

Fini le business model reposant sur des consommables vendus à prix d’or. Le discours marketing s’est recentré sur la réduction de la consommation d’impression par souci d’économie et d’écologie (« Imprimer moins et gagner plus »), dans le but de vendre des solutions d’optimisation. Les moyens d’imprimer en rationalisant l’utilisation des périphériques d’impression a reçu un écho favorable auprès d’entreprises et d’administrations devenues très sensibles à leur TCO. Un transfert de valeur s’est opéré dans l’impression par la vague de gammes de MFP devenues de véritables plates-formes de communication. Embarquant des systèmes de gestion documentaire, elles ont permis aux revendeurs d’accroître leurs profits en vendant des services et des applications de politique d’impression, de mobile print, de cloud, dans une approche d’optimisation de parcs et de processus métier : gestion d’une politique d’impression, routage des flux, chaîne de GED, etc. « Les clients sont fortement en attente d’accompagnement dans le traitement de l’information, s’enthousiasmait Canon en 2013. La bonne démarche commerciale consiste moins à attendre de répondre à la demande du client qu’à prendre l’initiative de lui proposer une offre de MPS. Comment cela ? En expliquant que ce programme permet aux PME de ne payer que ce qu’elles impriment, de disposer d’un parc sur mesure, de jouir d’un approvisionnement en consommables et d’une maintenance proactive et, ainsi, de mieux maîtriser le coût de leurs impressions. » Avec ces briques de services, l’écosystème pouvait donc compter maintenir son C.A., et profiter de la récurrence qu’offrent les contrats de prestations pluriannuelles du MPS. Malgré tout, en raison des crises économiques des années 2000, cette transition du hardware vers les solutions n’a pas empêché le plongeon. On a touché le fond en 2019, à en croire GfK, qui diagnostiquait cette année-là un effondrement de 25 % en volume et de près de 50 % en valeur, par rapport à 2010. Bien que plus chères, les multifonctions ont toutefois limité la baisse du marché, dont elles pèsent pour 90 % des ventes en France. Au niveau global, l’atonie a causé de gros remous parmi les poids lourds qui ont, chacun à leur tour, enregistré des performances en berne. En 2016 notamment, Lexmark est passé sous pavillon chinois, tandis que Samsung a jeté l’éponge. D’autres ont réduit le nombre de leurs références ou se sont engouffrés dans des niches, telles que les écrans interactifs. En outre, la situation s’est paradoxalement arrangée durant la pandémie. Les mesures de confinement ont en effet eu un impact positif sur les ventes. Le secteur a connu un sursaut spectaculaire en 2020 : une hausse de 20 % à 25 %, souligne Gartner. Un phénomène qui confirme que les entreprises équipent leurs salariés dans le cadre du télétravail.

Les entreprises équipent leurs salariés en télétravail, d’où un sursaut spectaculaire de 20 % à 25 %

Source : Gartner