Portrait de Thierry Vasseur Zebra

Thierry Vasseur – VP & Senior Director, Central Region, Zebra Technologies : Modeste, humaniste et ambitieux

Voici l’un des managers les plus respectés du numérique. Le fil à plomb qui structure sa vie ? Autodidacte, humble, accessible, avec la volonté d’être utile. Ce meneur d’hommes discret et volontaire a le goût des autres.

Sur le même sujet
Mar 2021
Par Pierre-Antoine Merlin, photos Jim Wallace
Portrait de Thierry Vasseur Zebra

Dans la longue liste des portraits que nous publions, cette rencontre avec Thierry Vasseur constitue une exception qui fera date. Alors que quelques portraitisés se présentent comme des personnages déterminés et peu taraudés par le doute, la personnalité du vice-président de Zebra étonne et détonne. Son calme, son apparente normalité frappent d’emblée l’interlocuteur. Voici donc « un homme qui les vaut tous et que vaut n’importe qui », comme écrit joliment, à un tout autre propos, Jean-Paul Sartre, dans son testament philosophico-littéraire. Pour autant, Thierry Vasseur ne fait pas dans le misérabilisme. Il abhorre tout snobisme à l’envers. Qu’on ne compte pas sur lui pour répéter l’antienne « fils d’ouvrier, petit-fils d’ouvrier, ouvrier moi-même », pour singer ce qu’on croit être le peuple. Lui, veut parler, décrire, expliquer, éventuellement répondre aux questions. Et surtout : faire. « Je suis né en 1964 dans un milieu ordinaire, avec des parents employés, rien d’exceptionnel. Une famille moyenne, donc. Rien de spécial à signaler. À l’école, c’est pareil. Je suis ni premier, ni dernier. Quelque part autour de la moyenne. Nous habitons à Saint-Maurice, près du bois de Vincennes, en banlieue parisienne. Je resterai jusqu’à mes dix-huit ans dans l’appartement familial. Je passe le bac F3, spécialité électronique, que je loupe. » Dès lors, la vie de Thierry Vasseur prend un tour nouveau. Un deuil familial auquel s’ajoute son exemption du Service national, mais sans doute aussi l’envie de faire ses preuves, le projettent rapidement dans l’activité professionnelle. « Au début des années 1980, il existe de nombreuses offres d’emplois sur le marché. J’entre donc dans une société comme technico-commercial. Mais c’est surtout en 1989, en arrivant chez Facit comme ingénieur commercial, que les choses s’accélèrent. Car, au fil des ans, je progresse et je deviens Country Manager. » Ici, une question se pose. Comment la France, réputée si rétive aux autodidactes, et portée habituellement sur les diplômes et autres réseaux, peut-elle faire confiance à un homme sans cursus universitaire, et de surcroît, peu porté sur le réseautage ? Thierry Vasseur a une explication. « C’est vrai, la France est une société de diplômes, d’héritages et de réseaux. Moi, je ne possède rien de tout cela. Mais Facit est une boîte suédoise. Donc rien à voir avec la culture française. En Suède, comme dans les pays anglo-saxons, on ne vous demande pas qui vous connaissez, ni ce que vous avez accompli. Mais ce que vous ferez. »

« Les points forts de Zebra, la société où j’ai grandi, sont décisifs : sa capacité à se remettre en cause en permanence, et de se projeter à moyen terme »

L’ÉLECTROCHOC SALUTAIRE DE LA VIE PROFESSIONNELLE

Portrait de Thierry Vasseur Zebra
« On parle du quotient intellectuel, mais très peu du quotient émotionnel. C’est pourtant essentiel. J’ai besoin de croire en la société où je travaille. »

Et, ça marche. Thierry Vasseur se sent bien chez Facit. Cette fois, c’est sûr : il préfère travailler qu’étudier. Bouger dans la vie professionnelle que rester sur un banc de lycée. Il vivait en noir et blanc, il vivra en couleurs. « Durant l’ensemble de mon parcours chez Facit, j’apprécie la diversité des collaborateurs avec lesquels je travaille. Et le logiciel, l’univers de la grande distribution, est un secteur d’activité qui m’intéresse beaucoup… sachant qu’il ne faut jamais arrêter d’innover si l’on veut rester à la pointe. Ce mélange de rencontres, de défis à relever, tout cela me plaît énormément. » Hélas, ou tant mieux, l’expérience fait long feu. Spécialisée dans la fabrication de machines de bureau, notamment de calculatrices et machines à écrire à traitement de texte, la société ne parvient pas à faire face à l’émergence des technologies nouvelles. Plusieurs fois revendues et dispersées, ses activités sont liquidées en 1998. Pour Thierry Vasseur, rompu à la logistique et à l’industrie, l’aventure Zebra commence. « Cela fait vingt-trois ans que je travaille chez Zebra. J’ai grandi avec cette société dont les points forts – à mes yeux tout à fait décisifs – sont d’une part, sa capacité à se remettre en cause en permanence, et d’autre part, de se projeter à moyen terme. » À court terme c’est trop court, à long terme c’est trop incertain. Le moyen terme c’est le bon niveau d’anticipation. Mais attention : « Zebra est une entreprise qui challenge les gens. » Exigeante, donc. Le calme et apparemment serein Thierry Vasseur reste-t-il toujours aussi zen, dans cet environnement d’adrénaline business ? « Ne vous y trompez pas, je suis un nerveux rentré avec un côté soupe au lait. Et puis, je suis français… mais j’ai la chance de côtoyer de nombreux Anglo-Saxons. Là où un Français voit un problème, une difficulté, et ça peut m’arriver, eux considèrent cela une opportunité. En réalité, les deux approches sont complémentaires. C’est la richesse de Zebra. » Pour cet autodidacte assumé et businessman à sa place, tout compte, dans la vie des affaires comme dans la vie tout court. « On parle toujours du QI, du quotient intellectuel. On ne parle jamais, ou très peu, du QE, le quotient émotionnel. C’est pourtant essentiel. Ainsi, j’ai besoin de croire en la société où je travaille. » Depuis un an, le monde de l’entreprise, chez Zebra comme ailleurs, subit l’épreuve de la crise. Thierry Vasseur en est conscient. « Je suis surpris par mes équipes, et, une fois de plus, par la culture de notre groupe. Tout de suite, il a su être agile. Au point que je dépasse mes objectifs pour 2020 ! J’ai conscience de faire partie d’un des rares secteurs économiques dont la croissance explose à ce niveau-là. »

Portrait de Thierry Vasseur Zebra

MANAGER EN PLEINE PANDÉMIE

Un exemple parmi d’autres, qui témoigne de l’inventivité de cette société – qui a racheté la partie
Enterprise de Motorola il y a quelques années, c’est dire ! « L’un de nos ingénieurs a mis au point, dès l’apparition de la distanciation sociale, une solution de localisation WiFi Bluetooth dans nos propres entrepôts, pour que les employés maintiennent ce geste barrière. Cette solution est maintenant passée à la commercialisation. » Au fond, Thierry Vasseur est à l’image de son entreprise : il progresse, associe, réfléchit, décide, et s’y tient. Pas de temps perdu en mondanités, ni en réunions fatigantes et improductives. Quand il sort pour aller à Paris, quand il voyage dans toutes les contrées du monde, y compris au Moyen-Orient qu’il connaît si bien et apprécie tant, ce n’est pas pour se vendre. C’est pour faire avancer les choses. Mais avec quelle méthode, quelle approche en tête ?« Je pilote par la confiance. Si je dois être interventionniste ou me mêler de micromanagement, alors là, c’est qu’on va avoir un problème. » Au timbre de sa voix, au regard qu’il lance à cet instant précis, on voit que les explications de texte en cas d’incompréhension persistante peuvent être directes. Et après ? Lui qui n’aime rien tant que la projection à moyen terme, c’est le moment de s’y mettre. À cinquante-six ans, Thierry Vasseur envisage avec une certaine sérénité sa dernière partie de carrière. « La vie peut être courte, je m’en suis aperçu. Dans ma roadmap interne, autant que je peux, je veux monter en puissance, puis me remettre au sport, devenir bénévole… j’ai plein de projets. » Et des regrets ? D’un ton égal, il dit la vérité. « J’ai été un père absent. Beaucoup de pères disent que ce n’est pas la quantité qui compte, c’est la qualité. C’est faux. Il faut les deux. » Encore un étonnement dans cet entretien : il n’arrive jamais, au grand jamais qu’un manager dise cela. A fortiori spontanément. Visiblement, cela compte pour lui. Une chose est sûre, fatalité et ennui sont des mots exclus de son vocabulaire. Il aime la technique, le management, les gens, les voyages et le sport. Des exercices qui fortifient la connaissance de soi, de ses limites et de ses virtualités. Thierry Vasseur est un président normal – un vrai, celui-là.

REPÈRES
Thierry Vasseur a 56 ans. Il est marié et père de deux enfants. « Le choix du roi », explique-t-il en riant.
PARCOURS
1989-1997 Facit, Country manager
Depuis 1998, chez Zebra Technologies Directeur des ventes France et dans de nombreuses regions du monde EMEA, Europe du sud, Amérique du Nord, Afrique
2021 VP et Senior Director, Central Region

J’AIME
MUSIQUE De Dire Straits jusqu’au baroque, de Supertramp à la musique du XVIIIe siècle : je possède un peu de tout dans ma playlist.
LITTÉRATURE Le roman policier historique, comme les récits de Jean-François Parot qui se déroulent durant le Grand Siècle. Et là encore, au XVIIIe.
CINÉMA L’Affaire Thomas Crown, et le remake qui a suivi. J’aime beaucoup Steve McQueen. Pour le reste, j’adore les Monty Python.
LIEUX Tous les bords de mer et le littoral : la Bretagne, Honfleur.
GASTRONOMIE Le pichonlongueville-comtesse-de-lalande, y compris son deuxième vin. Le pauillac, le pessac-léognan, le saint-esthèphe, le saint-julien… En somme, la rive gauche, le Médoc. Côté nourritures terrestres, j’apprécie la cuisine méditerranéenne.
SPORT Le VTT et le vélo (qui rend humble) que je pratique plusieurs fois par semaine.