Postes de supervision de OnDijon

OnDijon, la première métropole smart est bourguignonne

La réalisation dijonnaise du projet smart city rayonne par son ampleur exceptionnelle, depuis plus d’un an. Il vise autant à réduire les coûts qu’à développer l’attractivité du territoire.

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Nov 2020
Par Frédéric Monflier

Vingt-quatre communes, environ 250 000 habitants : la smart city parmi les plus ambitieuses de France, OnDijon, a été inaugurée en avril 2019. « C’est la première à être déployée à une aussi grande échelle, confirme Jérôme Fasanino, directeur des projets smart city, chez Capgemini. Jusqu’alors et partout ailleurs, les expérimentations étaient restreintes à de petits périmètres – un quartier ou une rue – ou à un panel limité de métiers. » Le chantier ayant commencé un an plus tôt, la mise en oeuvre a été assez rapide. Aux manettes, le consortium de quatre entreprises qui avait remporté l’appel d’offres lancé en 2016 par Dijon Métropole : Bouygues Énergies & Services, pour les travaux publics ; Citelum, filiale d’EDF spécialisée dans l’éclairage public ; Capgemini, développeur des outils informatiques, et intégrateur des solutions métier, et enfin Suez, l’exploitant désigné de cette smart city pendant les douze ans du contrat. Quatre points cardinaux ont orienté les élus de Dijon Métropole dans leur démarche. Ils confirment ceux suivis par toute ville intelligente : « Il s’agit de diminuer les dépenses de fonctionnement, de restreindre la consommation énergétique, d’améliorer la qualité de vie du citoyen, et de développer l’attractivité du territoire », détaille Jérôme Fasanino.

SIGNALISATION, ÉCLAIRAGE ET SÉCURITÉ

Le poste de pilotage connecté, ou « cerveau » d’OnDijon, donne une première mesure concrète de cette liste d’objectifs. Situé dans la capitale bourguignonne, ce centre de supervision s’étend sur un espace de 1 200 m², et regroupe six postes de commandement. C’est la partie humaine et visible de l’iceberg où travaillent cinquante personnes environ : agents de la police municipale et opérateurs vidéo qui assurent la sécurité de l’espace public ; personnel chargé de la mobilité et superviseurs des équipements urbains connectés ou des bâtiments publics, qui gèrent notamment les interventions sur le terrain ; et enfin, employés du portail téléphonique de la métropole. Une smart city est fondée en effet sur l’Internet des objets, matérialisé par la mise en place de nombreux capteurs. Ceux-ci communiquent avec le centre de pilotage par la fibre ou par le réseau radio LoRa. Voilà un moyen, au moins théorique, d’accélérer les prises de décision. Et la métropole dijonnaise n’a pas fait les choses à moitié. Ainsi, du centre de pilotage, sont régulés la signalisation tricolore d’environ 150 carrefours et l’éclairage public composé de 34 000 points lumineux, remplacés peu à peu par un éclairage LED. Cette rénovation constitue en grande partie la source des économies d’énergie espérées. D’après Citelum, la facture énergétique devrait baisser de 60 %. Par ailleurs, les véhicules de la police municipale et des services techniques sont géolocalisés, de manière à optimiser les patrouilles ou les trajets, pour le nettoyage ou encore le déneigement des voies. Les flux vidéo fournis par 450 caméras, situées surtout à Dijon même, alimentent ces données. La vidéosurveillance, le contrôle d’accès et les alarmes intrusion ou incendie des bâtiments publics sont également dans la boucle. Enfin, des capteurs détectent le niveau des cours d’eau traversant Dijon, la ville étant régulièrement exposée à des crues.

Quatre entreprises ont remporté l’appel d’offres lancé en 2016 par Dijon Métropole : Bouygues Énergies & Services (travaux publics), Citelum (éclairage public), Capgemini (IT), et Suez (exploitation).

IMAGINER DES INTERACTIONS QUI PROFITENT À TOUS

C2S, filiale du groupe Bouygues, s’est occupée du volet réseau télécom et de la mise en place des serveurs. Capgemini, lui, s’est concentré sur la conception du système d’information. « Cet ensemble de logiciels est adapté de notre solution sur étagère, explique Jérôme Fasanino. La première couche sert à collecter les données issues des capteurs IoT. Vient ensuite une couche de traitement, où des règles métier sont appliquées. Enfin, notre hyperviseur, conçu en interne, met ces informations à disposition du centre de pilotage. Il offre une représentation cartographique du territoire et y indique les évènements. Tous les services travaillent autour d’un outil commun. » Selon Capgemini, l’organisation des évènements planifiés – matchs de football, marchés, etc. – et les interventions sur les accidents, profitent déjà de cette centralisation. Cette quantité de données suggère, en outre, de nouvelles interactions pour que l’utilité de la ville intelligente soit palpable de la part de tous. « Le couplage de la signalisation routière et de la géolocalisation des bus et des tramways est un exemple en projet, enchaîne Jérôme Fasanino, pour que les transports publics aient la priorité si le trafic est congestionné. » Capgemini a également développé l’application mobile à l’attention des citoyens (services disponibles, horaires d’ouverture des bâtiments publics). « L’open data proposera dans un second temps des services plus novateurs, comme le repérage des places libres pour le stationnement. Les applications envisageables restent à identifier. »

« Réduction des dépenses de fonctionnement, baisse de la consommation d’énergie, meilleure qualité de vie et attractivité du territoire »

Jérôme Fasanino, directeur des projets smart city, Capgemini

UNE BAISSE DES COÛTS POUR FINANCER L’INVESTISSEMENT

La valorisation des données ouvertes et publiques est présentée en tant que levier d’innovation et de développement économique du territoire. Dijon Métropole compte drainer les entreprises, et stimuler l’émergence des startups d’où seront issus des services inédits. Et l’enseignement supérieur s’organise pour que la terre bourguignonne soit féconde en la matière, une chaire universitaire sur le thème de la smart city et de la gouvernance de la donnée a été créée en mars 2020, à l’université de Bourgogne. Des écoles d’ingénieurs locales mettent aussi à jour leur formation pour inclure les enjeux liés à la ville intelligente. Cependant, une smart city ne sort pas de terre gratuitement. Le budget consacré à la réalisation d’OnDijon, c’est-à-dire 105 M€, est divisé en deux parties : 55 M€ pour la modernisation des équipements, correspondant aux cinq premières années du projet ; le reste pour couvrir les sept années suivantes d’exploitation. Si ce niveau de dépense publique n’a pas manqué d’alimenter la controverse, il faut préciser que les économies générées par la baisse des coûts (maintenance, consommation énergétique, etc.), environ 50 M€, devraient suffire à financer la phase d’exploitation. « C’est seulement la partie quantifiable, note le directeur des projets smart city chez Capgemini. L’attractivité du territoire ou le confort de vie amélioré sont difficiles à évaluer. » OnDijon sera scrutée par les avocats comme par les détracteurs de la smart city qui l’attendent au tournant.

Dijon Métropole compte drainer les entreprises, et stimuler les startups

Le déploiement de la solution en chiffres

Demandeur : Dijon Métropole, qui regroupe 24 communes et 250 000 habitants.
Projet : Création d’un poste de pilotage connecté de 1 200 m², déploiement de 140 km de fibre optique, rénovation 100 % LED de 34 000 points lumineux, géolocalisation de 205 véhicules, exploitation de la sûreté et de la sécurité de 180 bâtiments, renouvellement de 269 caméras, 113 carrefours et 180 bus équipés de la priorité aux bus.
Réalisation : Bouygues Énergies & Services (travaux publics), Citelum (éclairage public), Capgemini (IT), Suez (exploitation).
Budget global :105 M€, dont 55 M€ d’investissement. Financé par Dijon Métropole, la municipalité de Dijon, la région Bourgogne Franche-Comté et le Fonds européen de développement régional (Feder).