L’Edtech en effervescence dans les usages

Le numérique est présent dans les établissements scolaires depuis plusieurs années. Mais la pandémie a accéléré le recours à ses outils. Les plans se succèdent pour mieux équiper élèves et enseignants.

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Avr 2022
Par Thierry Bienfait

Jusqu’ici, l’éducation n’avait guère changé depuis Jules Ferry et les hussards noirs de la République : le savoir se transmettait essentiellement en classe, par l’intermédiaire d’un professeur, d’un tableau noir et de livres. Mais l’irruption du numérique transforme en profondeur l’enseignement, l’apprentissage et la formation. L’essor de l’edtech est en effet phénoménal, et ce marché attire les investisseurs du monde entier. En 2020, ils ont injecté plus de 16,3 Mds $ dans ce secteur. Dans le détail, c’est le segment du primaire et du secondaire qui en a profité le plus, représentant 65 % de la manne financière des capital risqueurs destinée à l’éducation (contre 35 % pour le supérieur). En France, réunir éducation et high-tech enthousiasme élèves, professeurs, parents et décideurs politiques. En moins d’une dizaine d’années, l’État et les collectivités territoriales ont multiplié les appels d’offres en vue d’équiper tous les établissements scolaires du pays. Y ont ainsi fait leur entrée en 2009 les tablettes et les tableauxblancs interactifs (TBI). En 2011, les espaces numériques de travail (ENT) se sont généralisés, pour appuyer les leçons en permettant aux classes de communiquer entre elles par les réseaux sociaux. Officiellement, dans les discours, l’Hexagone se trouvait alors à la pointe des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation. Mais dans les faits, beaucoup de chemin restait à accomplir puisqu’il figurait au douzième rang européen en termes de dotation en matériels et logiciels TICE. À partir de 2013, le ministère de l’Éducation a publié les premiers référentiels annuels établissant des diagnostics accablants sur la place du numérique. « Il aura fallu une décennie pour que les TICE se généralisent et aient un impact sur l’enseignement au niveau national », analyse Jean-Michel Fourgous, maire d’Élancourt (Yvelines).

500 Mds $ seront générés par les technologies de l’éducation et de la formation en 2025

(Source : EdTech France)

HAUSSE DES INVESTISSEMENTS PUBLICS DANS LE NUMÉRIQUE

Toutefois, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Régulièrement pointés du doigt par la Cour des comptes, les plans d’investissements de l’État donneraient « l’avantage à des collectivités déjà équipées ou préparées à répondre à des appels à projets organisés dans le cadre du PIA [programme d’investissements d’avenir] ». À en croire les juges financiers, l’engagement public n’a pas assez réduit la fracture numérique sociale, et masque d’importantes disparités territoriales. De ce tableau un peu sombre, se détachent malgré tout de bons résultats. D’abord, les investissements publics en faveur du numérique sont en augmentation, sous l’action conjuguée des trois niveaux de collectivités (communes, départements et régions), pour 2,5 Mds € entre 2017 et 2021, et de l’État, pour 1 Md€ sur la même période. Par ailleurs, dans le cadre du Plan de relance 2021 et des projets Territoires numériques éducatifs (TNE) et Socle numérique dans les écoles élémentaires (SNEE), une enveloppe de 105 M€ est destinée à « équiper les écoles primaires d’un socle numérique de base ». Ensuite, selon la Cour des comptes, les dépenses – antérieures à la crise sanitaire – en équipements numériques individuels (tablettes et ordinateurs portables) atteignent en moyenne 43 € pour un écolier, 87 € pour un collégien et 92 € pour un lycéen. Ainsi, l’edtech s’est forgé une place dans l’économie numérique.

« Il aura fallu une décennie pour que les TICE se généralisent et aient un impact sur l’enseignement au niveau national »

Jean-Michel Fourgous, maire d’Élancourt (Yvelines)

TABLETTES ET NOTEBOOKS, OUTILS DE PREMIER ORDRE

Si les technologies ont été adoptées massivement, c’est parce qu’elles offrent un gain de productivité aux enseignants et à leurs élèves, En outre, de grands progrès ont été accomplis dans les outils IT. Enfin, la pandémie de Covid-19, synonyme de confusion dans l’enseignement, a donné une impulsion au marché de l’edtech. Dans les périodes de confinement successives, plates-formes de leçons en ligne, jeux éducatifs et autres applications dopées à l’intelligence artificielle ont assuré la continuité pédagogique, y compris en cas de fermeture d’école, tout en rompant avec la routine de l’enseignement traditionnel. Les usages se sont transformés avec le recours à une nouvelle génération d’appareils qui exploitent pleinement le potentiel éducatif du numérique, surtout à travers la classe mobile. Quand il n’était plus possible de se rendre en cours, ils ont permis aux professeurs de continuer à gérer et animer leurs classes, et aux enfants à poursuivre l’enseignement à leur domicile. Ceux-ci disposent de nouveaux moyens pour maintenir le lien. Bien que la notion d’équipement TICE se résume encore trop souvent au triptyque de base que constituent le tableau interactif (par moniteur ou vidéoprojecteur), l’ordinateur pour la classe et la connexion Internet, les récents confinements ont démontré que les appareils mobiles, qui peuvent rentrer à la maison en toute sécurité avec les élèves, étaient indispensables. À ce titre, tablettes et notebooks, donnant accès à la visioconférence et à l’autoapprentissage, sont des outils de premier ordre, de plus en plus diffusés dans les classes françaises. Cependant, ce serait une erreur de limiter l’edtech au seul hardware. Fournir des équipements matériels sans réfléchir au software éducatif revient bien souvent à les laisser au placard. « Ce n’est pas parce qu’il y aura plein d’ordinateurs dans nos écoles et qu’on y utilisera le numérique de façon intensive qu’on va réussir dans l’apprentissage des savoirs, explique Florence Biot, sous-directrice à la transformation numérique au sein de la direction du numérique pour l’éducation (DNE), au ministère de l’Éducation nationale. Nous plaidons pour une utilisation ciblée du numérique avec des pratiques pédagogiques efficaces. »

« La transition numérique dépasse le hardware. Il faut aussi penser aux contenus pédagogiques qui donnent vie aux appareils. »

Florence Biot, sous-directrice à la transformation numérique au sein de la direction du numérique pour l’éducation, ministère de l’Éducation nationale

LES STARTUPS FRANÇAISES, PROIES D’ÉDITEURS ÉTRANGERS

Une myriade de startups françaises se sont lancées dans l’édition de contenus en mathématiques, en géographie, etc., incluant des questions réponses et proposant des cours en direct ou de l’aide aux devoirs. Certains s’inquiètent que beaucoup de ces jeunes pousses de tutorat ont déjà été rachetées par des géants étrangers de l’éducation en ligne. L’Association française des industriels du numérique de l’éducation et de la formation (Afinef) continue, pour sa part, de réclamer des moyens économiques pour alimenter une « banque de ressources disciplinaires » provenant d’éditeurs français et contenant des bibliothèques de manuels scolaires numériques, des catalogues d’exercices en ligne, ou encore des logiciels pour créer des leçons interactives qui couvrent tous les besoins du cours moyen première année jusqu’à la terminale.