Ecran PC avec formule 1

La fluidité importe plus que la définition pour faire gagner en réactivité

Branché à une carte graphique toujours plus puissante, l’écran PC gamer gagne en nervosité pour réserver la fluidité des images. Ultrapanoramique, il renforce l’immersion.

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Mar 2021
Par Frédéric Monflier

Si la crise sanitaire a frappé de nombreux secteurs économiques, les ventes de jeux vidéo et de leurs équipements ont rarement été aussi florissantes. L’indispensable moniteur PC a tiré son épingle du jeu. « D’après GfK, les volumes ont crû de 60 % en France, indique Rodolphe Cavrois, responsable commercial B2C retail e-tail d’AOC France. Parmi les télétravailleurs, certains ont acquis un modèle gamer, afin de joindre l’utile à l’agréable. Les joueurs, eux, se sont suréquipés ou ont renouvelé leur écran. Dans leur idée, ils allaient jouer davantage, donc il leur fallait investir plus. » L’effet accélérateur de l’épidémie de Covid-19 est indiscutable. Mais, de façon plus structurelle, la filière du jeu vidéo poursuit sur sa lancée depuis quelques années, jusqu’à tracter tout le marché PC. En ce qui concerne les écrans, les grandes tailles ont toujours le vent en poupe. « Selon Context, 50 % des écrans vendus en France offre une taille d’au moins 24 pouces, précise Yann Sablayrolles, chef de produits moniteurs LCD chez BenQ France. Alors que ce gabarit ne représentait que 20 % des ventes, voilà cinq ou six ans. » Cette tendance est d’autant plus prononcée dans le gaming, où la diagonale de 24 pouces et la définition Full HD font office de minima. Comme les moniteurs bureautiques adoptent ces caractéristiques, même en entrée de gamme, la démarcation s’opère sur la réactivité et la fluidité des dalles. Ces critères sont prioritaires pour les joueurs très regardants sur les performances, en particulier ceux qui jouent dans un esprit compétitif.

50 % des écrans vendus en France offre une taille d’au moins 24 pouces.

(Source : Context)

RAPIDES COMME L’ÉCLAIR

Ainsi, le temps de réponse d’un « bon » écran gamer, qui exprime le temps de basculement des cristaux liquides, avoisine 1 ms, bien que cette mesure soit parfois ambiguë et discutable. Une dalle rapide est exempte d’images fantômes, susceptibles de gâcher l’expérience. Voilà quelques années, seules les dalles TN se montraient aussi réactives. Elles sont peu à peu rattrapées par les IPS Fast IP, ainsi que par les VA. Le type TN pouvait encore se justifier par son prix inférieur, mais cette époque est révolue. L’IPS et le VA profitent des économies d’échelle induites par la fabrication des téléviseurs notamment, tandis que le TN est cantonné aux moniteurs PC. On assiste à une vraie passation. Le taux de rafraîchissement, lui, correspond au nombre d’images par seconde qu’un moniteur est capable d’afficher. Plus il est élevé, plus la sensation de fluidité est grande, plus la latence se réduit et plus le flou de mouvement disparaît. Grâce au progrès de la micro-électronique, il progresse sans cesse pour atteindre 240 Hz voire 360 Hz. Ne serait-ce pas démesuré ? « Quand un joueur s’entraîne au quotidien, cela a un sens, répond Gaël Tirefort, responsable des ventes de moniteurs PC, chez MSI France. Les fréquences de 240 Hz et 360 Hz deviennent des standards dans les compétitions. » La norme, pour les joueurs moins exigeants et peut-être moins sensibles à une fluidité extrême, se situe plutôt à 144 Hz ou 165 Hz, voire 60 Hz à 75 Hz pour les amateurs de jeux de gestion, sans frénésie. Une carte graphique qui grimpe à un tel régime est recommandée, c’est le cas des puissants GPU de dernière génération de Nvidia et AMD. Si l’écran est doté de la technologie G-Sync (Nvidia), Freesync (AMD), voire des deux, sa fréquence de rafraîchissement se synchronise avec le nombre d’images par seconde produit par la carte graphique. Les saccades et les déchirements d’image (tearing) ne sont plus qu’un mauvais souvenir. Grâce à la performance de ces cartes graphiques, les écrans WQHD (2 560 x 1 440 px) à 144 Hz ou plus sont une perspective envisageable. « Nos écrans WQHD de 27 pouces ou 32 pouces sont prisés par les puristes », souligne Rodolphe Cavrois, chez AOC. À ne pas confondre avec les joueurs professionnels, qui préfèrent toujours le Full HD, gage d’une fluidité optimale. Dédiée à l’e-sport, la gamme Zowie de BenQ ne contient, par exemple, que des moniteurs Full HD, équipés d’une dalle TN à 144 Hz au minimum. Plusieurs étages au-dessus, l’ultrahaute définition (3 840 x 2 160 px), parfois appelée abusivement 4K, peine à convaincre, car elle implique des concessions sur la fluidité. En effet, les cartes graphiques les plus rapides dépassent à peine le seuil de la 4K à 60 i/s, pour des jeux gourmands, avec toutes les options graphiques poussées à fond. Et les rares écrans 4K à 120 Hz ou 144 Hz sont onéreux.

« 360 Hz pour le rafraîchissement a du sens aux yeux du joueur entraîné quotidiennement »

Gaël Tirefort, responsable des ventes de moniteurs PC, MSI France

L’ULTRAWIDE DANS L’ARÈNE

Les définitions intermédiaires telles que le UWQHD (3 440 x 1 440 px), engendrent un certain engouement en revanche. Les lettres UW signifient ultra-wide, et distinguent les formats ultrapanoramiques au-delà du 16/9, tels que le 21/9 voire le 32/9 ou bien le 32/10. Gaël Tirefort, chez MSI, voit large : « L’avenir appartient aux écrans ultrapanoramiques. » Il est vrai qu’ils font leur effet et renforcent l’immersion dans les jeux de course ou les simulations de vol, à l’instar de la dernière édition du célèbre Flight Simulator de Microsoft. Encore faut-il que le jeu prenne en charge ces définitions atypiques. On dénombrerait une trentaine de titres compatibles. Des écrans géants et panoramiques de 49 pouces, comme l’Odyssey G9 de Samsung, sont ainsi apparu. Pour Rodolphe Cavrois, chez AOC, « ils satisfont le gamer comme le prosumer. » Autrement dit, ils améliorent les sensations ludiques et aussi la productivité dans le travail à domicile, car ces grandes tailles permettent d’organiser les sources vidéo et les documents à l’envi. Bien qu’elle existe sur des 24-pouces en 16/9, l’incurvation gagne en légitimité sur ces grands écrans panoramiques. Une dalle incurvée de type VA tend à favoriser l’immersion sur des écrans aussi larges, mais aussi à diminuer la fatigue visuelle, l’accommodation oculaire étant facilitée dans les coins. Par ailleurs, les gamers aussi prêtent une importance grandissante au style de leur installation (ou « setup » dans le jargon). Or, « un écran incurvé est un produit sexy », confirme Gaël Tirefort, chez MSI. Du reste, les fabricants ajoutent de l’éclairage LED, pour attirer l’oeil du joueur et différencier leur marque. L’image d’un moniteur est aussi une notion abstraite.

Portrait de Rodolphe Cavrois - AOC

« Les utilisateurs se sont suréquipés ou ont renouvelé leur écran »

Rodolphe Cavrois, responsable commercial B2C retail e-tail, AOC France
Ecran Zowie de BenQ

DOPAGE TECHNOLOGIQUE POUR E-SPORTIFS
Quelques raffinements se développent dans le haut de gamme pour donner un avantage aux pros et aux joueurs exigeants. Dans les écrans Zowie de BenQ, la fonction Black Equalizer accentue la visibilité des ennemis dans Counter Strike : Go, un jeu de tir populaire dans l’e-sport. D’autres modes sont révus pour Fortnite ou encore Valorant, une valeur montante. En partenariat avec SteelSeries, MSI a conçu un système LED en façade pour ses écrans Optix MPG : l’éclairage varie selon plusieurs paramètres (vitalité, quantité de munitions, etc.) et affranchit d’une interface parfois perturbante. Mais tout n’est pas accepté dans les tournois, comme le 21/9 pour les jeux de stratégie qui procure une vue du champ de bataille supérieure à la moyenne. Au moins, la poignée de transport, le pied ergonomique ou le support de casque n’ont qu’un intérêt pratique et ne faussent pas la compétition, formelle ou non.