porte ouverte sur un datacenter

La Face cachée des data centers

La numérisation croissante de l’économie et le développement du télétravail résonnent comme une bonne nouvelle. L’éclosion d’infrastructures cloud est devenue une priorité. Mais cet eldorado montre aussi des contraintes.

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Mar 2021
Par Thierry Bienfait

Si la promesse du cloud computing est de dématérialiser les ressources numériques des entreprises, le modèle repose en grande partie sur de l’infrastructure physique. Pour preuve, le marché des data centers européens a atteint la barre des 10 millions de mètres carrés. Et leur taux d’utilisation frôle les 90 %, estime le spécialiste de l’immobilier d’entreprise CBRE. Alors que la demande augmente, par l’effet de ’intensification du télétravail et de la transformation digitale des ETI et PME, les déploiements opérationnels de ces « usines à données » ont néanmoins ralenti en 2020. Environ 60 % des chantiers ont été interrompus pour cause de Covid-19. Par voie de conséquence, les centres d’hébergement ont saturé. Ce n’est qu’en fin d’année que les projets ont redémarré, favorisés notamment par les actions de lobbying de la fédération France Datacenter auprès des pouvoirs publics. Pour 2021, CBRE prédit un « tsunami d’approvisionnement », avec l’équivalent de 400 MW en nouveaux espaces de stockage. Au niveau mondial, les analystes du Gartner estiment que ces infrastructures enregistreront une croissance de 6 % de leurs revenus dès cette année, pour atteindre 200 Mds $, contre 188 Mds $ en 2020. En outre, toutes ces études indiquent que le marché de ces véritables fermes de données continuera de croître jusqu’en 2023.

FUSTIGÉS CAR ÉNERGIVORES

Entre-temps, les constructeurs, exploitants, opérateurs et autres sociétés de services numériques cherchent de nouveaux sites, ou agrandissent les salles existantes. Pour autant, de telles centrales numériques ne sont pas à l’abri des turbulences. En premier lieu, leur consommation d’énergie est fustigée. L’alimentation continue des équipements et la climatisation permanente en font de gros consommateurs d’électricité. Le coût est très élevé. Ainsi, par exemple, pour ventiler les 7 000 m² de son data center parisien, Telehouse a dû acheter 10 MW d’électricité, c’est-à-dire la consommation d’une ville de 35 000 habitants. Les hébergeurs cloud cherchent donc à améliorer l’indicateur d’efficacité énergétique par la rationalisation des installations électriques, l’optimisation de la circulation de l’air, et la modernisation des systèmes de refroidissement. La chaleur produite par ces derniers constitue un autre défi. Sans eux, impossible d’ajouter des serveurs dans une salle informatique sans risquer un feu électrique. Faisant la part belle au green IT, la technologie de refroidissement liquide s’est développée, plus économe en énergie que la réfrigération par air. Le PUE du premier dispositif affiche 1,35 contre 1,45 pour les ventilateurs, pompes et compresseurs classiques.

CAP VERS L’EDGE DATA CENTER

Edge datacenter

Cependant, plus encore que la question énergétique, le prochain enjeu majeur des entrepôts numériques devrait porter sur leur évolution vers ce fameux edge computing dont tout le monde parle. Le modèle des grandes structures pourrait en effet être remis en question par l’émergence des edge data centers, ces centres de données de petite taille généralement situés en milieu urbain, et implantés au plus près des clients qui manifestent un besoin d’accès quasi instantané aux ressources et aux données informatiques. Nul doute que l’internet des objets et la 5G accéléreront l’expansion de ces infrastructures cloud de proximité.