Ecrans avec casquette

L’écran trace son propre chemin

L’écran n’est plus autant lié au PC de bureau qu’autrefois. En version réduite, il séduit les nomades. En version multiple ou ultralarge, il améliore la productivité.

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Août 2020
Par Frédéric Monflier

L’écran PC a été longtemps le compagnon de route de l’ordinateur de bureau. Les chemins qu’ils traçaient dans l’entreprise étant presque jumelés. Mais ils tendent à diverger car les pratiques changent. Les écrans mobiles qui font leur apparition – M.14 de Lenovo, I1601FWUX d’AOC ou encore MB16ACM d’Asus – se destinent ainsi aux utilisateurs de notebooks. « Notre écran M.14 de 14 pouces pèse moins de 600 g, et se déploie n’importe où, explique Raphaël Roux, chef de produit Affichage chez Lenovo France. Il est utile pour collaborer avec un collègue, ou faire une présentation chez un client. Les commerciaux et le management sont les profils les plus intéressés. C’est aussi une solution alternative pour le home office. » La mobilité se développant, la substitution progressive de la plupart des PC par des notebooks (ou tout autre dispositif avec affichage intégré) suggérait un affaiblissement de la demande en écrans PC.

Mais les nomades, de retour au bureau, apprécient de brancher leur PC portable sur un écran de plus grande taille, ne serait-ce que pour leur confort visuel. Les configurations à double écran, par ailleurs, ne sont plus anecdotiques. « Typiquement, la messagerie est affichée sur le premier écran tandis que le second écran est réservé à une application métier », argumente Frédéric Sérafin, responsable commercial chez iiyama. Cette disposition multiécran, dans le meilleur des cas, se traduirait par un gain de productivité de 40 %, selon des études scientifiques réalisées par le passé. En conséquence, alors que les ventes de PC vont cahin-caha, celles de l’écran PC se maintiennent. « Le marché a progressé en volume de 8,8 % en France, en 2019 par rapport à 2018 », précise Stéphanie Algré, Country Director France Belgique du cabinet d’études Context, qui examine les sales out des grossistes. L’année 2020 partait sur des bases florissantes – une hausse de 18 % en février – avant que le Covid-19 ne s’en mêle. Context observe par ailleurs que le B2B reste le segment majoritaire, avec 60 % des ventes, mais que les ventes au grand public ont progressé plus vite (+ 13 % contre + 6 % pour le B2B). Le prix moyen, 124,58 €, est, quant à lui, légèrement en baisse.

Frédéric Sérafin

« L’écran bureautique monte en gamme »

Frédéric Sérafin, responsable commercial, iiyama

VERS DES TAILLES XXL

Le rapport du cabinet Context et les témoignages des fabricants confirment que les diagonales s’agrandissent sans relâche. Ainsi, les 23,8-pouces et 24-pouces pèsent près de 30 % des ventes, et leur poussée est significative (+ 43,5 % pour les écrans de 23,8 pouces), l’écart de prix avec les 21,5-pouces ou 22-pouces s’étant réduit. Une tendance similaire pour les tailles supérieures. Chez certaines marques, comme Philips, le portfolio s’enrichit de panoramiques incurvés de 49 pouces, dont la surface d’affichage équivaut à celle de deux écrans juxtaposés. Illustration avec le 498P9, au format 32/9, qui correspond à deux 27-pouces 16/9, gérés de façon indépendante. « Son petit frère de 43 pouces vient d’arriver, ajoute Agustín de los Frailes, Country Manager France, Espagne et Portugal chez MMD [marques Philips et AOC]. Les services bancaires et financiers ou encore les avocats se montrent intéressés. » L’incurvation de ces écrans ultralarges est, dans ce cas, bénéfique, et pourrait s’accentuer à l’avenir. « Après tout, quand on se trouve face à deux écrans, on les dispose en V pour mieux voir aux extrémités », explique Agustín de los Frailes. Des modèles plus petits ou particuliers subsistent pour des besoins spécifiques. « Nous continuons à vendre des formats 16/10 pour certains applicatifs métier, et aussi des écrans de 17 pouces au format 4/3, indique Éric Erbrech, Business Manager Display chez Acer France. Ces derniers sont recherchés par les militaires, qui ne vont pas reconfigurer l’intérieur d’un char d’assaut pour installer un écran… » Accompagnant cette évolution vers le haut, le Full HD se généralise, et les définitions supérieures, comme le WQHD (2 560 x 1 440 px), progressent aussi sur les écrans de 27 pouces et plus. L’ultra HD (3 840 x 2 160 px) et la 4K (4 096 x 2 160 px) ont, elles aussi, le vent en poupe, en particulier chez les professionnels des arts graphiques. Pour Stanislas Boll, responsable commercial chez Feeder Eizo France, cela ne fait pas de doute : « Outre la production cinématographique, les métiers de la photo, de la communication et de l’animation 3D se dirigent depuis plus d’un an vers l’UHD et la 4K. Les designers et animateurs s’orientent vers la 4K HDR [high dynamic range] car ils recherchent la reproduction la plus proche possible de ce que l’oeil humain voit naturellement. Nous avons équipé Renault Design pour cela. »

Stéphanie Algré - Context

« En un an, le marché a progressé de 8,8 % en volume en France »

Stéphanie Algré, Country Director France Belgique, cabinet d’études Context

L’USB-C POUR TOUT FAIRE

Dans un autre registre, l’ergonomie, la qualité de la dalle et les technologies améliorant le confort visuel sont des critères auxquelles les entreprises et les administrations prêtent davantage attention. « 70% de nos ventes incluent un pied réglable en hauteur, souligne Éric Erbrech, chez Acer. Les dalles de type IPS, VA ou MVA connaissent de même une forte croissance, au détriment des TN plus classiques. » On assiste donc à une montée en gamme de l’écran bureautique. « Entre 200 € et 250 €, on trouve des écrans d’excellente qualité qui conviennent même aux arts graphiques, sauf pour des besoins professionnels précis », acquiesce Frédéric Sérafin, chez iiyama. Comme un signe supplémentaire, le connecteur USB-C se répand, alors que le DVI disparaît. Certes, le temps que le renouvellement des parcs s’opère, les PC et notebooks en circulation sont loin de tous l’intégrer. Mais les fabricants d’écrans travaillent en avance de phase. « L’USB-C arrive sur notre gamme T, qui constitue le coeur de notre offre », enchérit Raphaël Roux, chez Lenovo. Il est vrai que l’USB-C brille par sa commodité et simplifie l’organisation du poste du travail, au bureau ou à domicile. Dans un câble unique transitent la connexion USB, les informations d’affichage, l’alimentation électrique voire les données réseau, si l’écran bénéficie en supplément d’un port Ethernet, voici une station d’accueil bien pratique. Nos écrans n’auront décidément jamais fini de se réinventer.

Stanislas Boll - Feeder Eizo

« Designers et animateurs s’orientent vers la 4K high dynamic range »

Stanislas Boll, responsable commercial, Feeder Eizo France

Télétravailleurs cherchent écran tout en un

Le confinement dû à la cise sanitaire a provoqué un afflux de télétravailleurs dont l’équipement s’est d’un coup révélé probablement inadapté aux visioconférences et à la collaboration distante. « Avant la pandémie, les moniteurs classiques représentaient l’essentiel des achats. Pendant le confinement, la demande s’est réorientée vers les moniteurs dotés de haut-parleurs, d’un micro et d’une webcam intégrés. Voilà une prise de conscience selon laquelle il faut investir différemment », a constaté Jean-Philippe Castelain, responsable du développement de la gamme Écrans B2C et B2B chez Lenovo France. Cette option choisie dans l’urgence pourrait-elle perdurer ? « S’il y a davantage d’incertitude pour les petites sociétés, nous l’anticipons pour les grandes et les moyennes entreprises qui envisageraient de fournir à leurs collaborateurs des équipements plus professionnels, même pour le home office », répond Raphaël Roux, chef de produit Affichage chez Lenovo France. Une pisted’avenir à creuser pour les revendeurs.