10 annees numeriques vus par les grands acteurs de l'IT

Dix années numériques vues par les acteurs de l’IT

Pour fêter son dixième anniversaire et la parution de son centième numéro, l’E.D.I invite de grands acteurs de l’informatique à désigner les innovations qui auront marqué la décennie passée. Mais aussi à évoquer les technologies à venir, parmi les plus disruptives, et ce que la pandémie de la Covid-19 pourrait changer.

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Sep 2020
Propos recueillis par Vincent Verhaeghe


Sophie Deleval, présidente d’Ingram Micro France

Sophie Deleval - IngramMicro

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
S. D. Je pense d’abord à l’avènement des smartphones, des tablettes et des objets connectés qui ont révolutionné l’IT, et ont tant apporté en termes de nouvelles opportunités business pour nos partenaires et pour nous. Le développement de la 3G puis de la 4G n’ont fait que renforcer cette révolution technologique, résumée à l’époque par le terme Atawad (any time, anywhere, any device). La dernière décennie marque aussi la percée de la dématérialisation de nos besoins en solutions IT, et l’émergence du cloud et du SaaS qui ont amené les acteurs de la distribution à repenser leur business model. Le big data puis le machine learning ont ensuite considérablement fait évoluer l’approche commerciale de nos entreprises, en nous offrant des capacités inédites d’exploitation des données, et de mise en place de stratégies de business intelligence poussées. Enfin, malheureusement, le progrès technologique a donné naissance à une forme de délinquance qui impose l’adoption de solutions de cybersécurité, domaine dans lequel notre groupe a beaucoup investi ces dernières années.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, autant dans votre entreprise que vis-à-vis de vos fournisseurs et revendeurs ?
S. D. Au-delà de l’attention que nous portons à la santé de nos collaborateurs – et dont nous faisons une priorité absolue –, je considère la crise de la Covid-19 comme une injonction d’accélérer la transformation entamée voilà quelques années, surtout en termes de responsabilité sociétale et environnementale. Ingram Micro, en tant qu’acteur clef du marché a le devoir d’intégrer dans son modèle économique les notions d’écoresponsabilité, de diversité et de pérennité afin de bâtir ensemble un modèle performant et durable, fondé sur le respect de l’environnement comme des individus. En cette période difficile, les notions de partenariat et de solidarité – fondamentales dans la culture d’Ingram Micro – prennent plus que jamais leur sens dans les actions que nous menons au quotidien, pour accompagner nos partenaires clients et fournisseurs.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des prochaines années ?
S. D. La pandémie confirme l’accélération de la pénétration de l’IoT et de l’IA dans nos vies personnelles et professionnelles : application de tracking, analyses de prédictibilité d’épidémies, livraisons par drones, bâtiments ou maisons connectés pour plus de confort, de sécurité et d’économies d’énergie. La virtualisation devrait renforcer sa présence en entreprise : le monde physique (salle de réunion, bureau, salons, etc.) sera connecté à des technologies numériques qui le transformeront en environnement virtuel offrant diverses expériences. Enfin, le TaaS (Technology as a Service) où le financement devient l’atout, et la technologie le moyen, va aussi se généraliser.

« Le Technology as a Service, où le financement devient l’atout, et la technologie le moyen, va se généraliser »

Sophie Deleval

Nicolas Sekkaki, président d’IBM France

Nicolas Sekkaki - IBM France

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
N. S. La révolution des dernières décennies ne vient pas d’une seule ou de plusieurs technologies, mais de leur complémentarité – tels que le smartphone, la 4G, le cloud, ou encore l’IA. Cette combinaison la libéré la créativité, et généré un écosystème d’innovations inédit. Tout cela n’aurait pas existé sans un changement radical de mentalité : le passage de la culture du produit à la culture de l’usage qui replace l’humain au centre de toutes les équations.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, autant au sein de votre société que vis-à-vis de vos partenaires et clients ?
N. S. L’impact immédiat pour toutes les entreprises est la « repriorisation » des sujets vitaux et des dépenses utiles. En effet, toutes les sociétés ont comme urgence de répondre à cette injonction contradictoire de nécessité absolue de transformation et de baisse des coûts immédiate. La solution réside dans des partenariats à long terme avec des entreprises comme IBM, qui permettent de concilier l’impératif de transformation digitale et les obligations économiques.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
N. S. L’edge computing, facilité par la 5G, sans doute ! Il va permettre de traiter les données au plus près des objets, lesquels échangeront et communiqueront entre eux, sans passer par les centres de données. Outre la rationalisation du déplacement et du calcul de la data, l’edge computing va changer ainsi l’impact CO2 de chaque projet informatique. Comme pour la redevance carbone, ce dernier sera jugé sur son empreinte CO2. De la contrainte naît souvent l’innovation !

« Comme pour la redevance carbone, chaque projet informatique sera jugé sur son empreinte CO2. L’innovation naît souvent de la contrainte ! »

Nicolas Sekkaki

Éric Lallier, directeur général de Lenovo France

Eric Lallier - Lenovo

Selon vous, quelles technologies ont le plus révolutionné l’IT au cours de ces dix dernières années ?
E. L. C’est vrai qu’on ne peut en retenir qu’une seule. Et si je me place du côté de l’entreprise, je dirais le cloud et son modèle SaaS qui y donne accès à moindre coût, notamment pour les PME et les ETI. Cette transformation augmente la productivité et la part du travail collaboratif, grâce à une mise à disposition des outils et ressources à tout moment et de partout.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, aussi bien au sein de votre société que vis-à-vis de vos partenaires et clients ?
E. L. La conséquence majeure est l’accélération de la transformation de nos modes de travail. Elle était en cours mais la crise joue un rôle de catalyseur en raison du recours soudain, massif et prolongé au télétravail. L’adoption rapide de solutions technologiques de mobilité, de collaboration à distance est devenue une nécessité immédiate pour que les entreprises maintiennent leur activité. Cela implique des changements de fond en termes de management, qui doit être de plus en plus collaboratif, avec l’autonomie et la confiance en son coeur. Cette marche forcée est une opportunité pour mieux travailler ensemble.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
E. L. La réalité augmentée, la réalité virtuelle et l’IA vont, à mon sens, le plus profondément transformer notre société et nos entreprises. Nous sommes loin d’en avoir tiré tout le potentiel, tant les applications sont nombreuses : santé, industrie, éducation, distribution, recherche… L’AR et la VR renferment un potentiel énorme, notamment pour les entreprises, point sur lequel nous investissons beaucoup : digitalisation des processus métier, éducation, formation ou assistance à distance… Quant à l’IA, c’est une formidable promesse d’aide à la décision, non pas pour remplacer l’humain mais pour l’éclairer. Un dernier point, transverse : seront disruptives les innovations qui iront vers davantage de durabilité et d’inclusivité.

« Le recours prolongé au télétravail modifie le management, qui doit être de plus en plus collaboratif avec, en son coeur, l’autonomie et la confiance »

Eric Lallier

Jean-Marc Thoumelin, directeur général France et VP Europe du sud de Trend Micro

Jean-Marc Thoumelin - TrendMicro

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
J.-M. T. La virtualisation, le cloud et le serverless sont indiscutablement des évolutions qui ont profondément transformé le monde de l’informatique « traditionnelle ». Il est cependant nécessaire de prendre également en compte les milieux dans lesquels l’IT s’est ancrée au cours de la dernière décennie. Je pense aux systèmes industriels, aux smart cities, aux voitures, aux établissements hospitaliers, mais également aux objets de la vie courante, regroupés sous le label de l’internet des objets. Tous ces systèmes sont presque entièrement connectés.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, aussi bien au sein de votre entreprise que vis-à-vis de vos partenaires et clients ?
J.-M. T. Je ne vais pas revenir sur l’impact violent et évident de la Covid-19 sur l’économie mondiale. De plus, il est trop tôt pour tirer des conclusions : pour l’heure, la crise est économique, et pas encore financière. À cause du confinement, nous avons connu, pour la première fois et au même moment, une crise de l’offre et de la demande. Notre industrie a souffert, elle aussi, et si certaines entreprises ne se redressent pas au cours du second semestre, il y aura assurément de la casse. L’externalisation des technologies, les services managés ou de télécommunication vont résister. De son côté, le secteur de la sécurité est encore un peu plus privilégié. Il semblerait en effet que les budgets qui y sont alloués n’aient pas subi trop d’impact – certaines organisations déclarant même les avoir augmentés. Ma plus grande préoccupation, et celle de l’ensemble des entreprises, sera de repenser l’organisation de l’activité pour mieux repartir. Le télétravail et les usages observés tout au long de cette période de confinement vont bouleverser les organisations. Bien que nous ayons tous subi les contraintes liées à notre confinement à domicile, nous en avons également constaté les bienfaits. Il sera plus complexe de trouver le juste équilibre, cela nécessitera une profonde réflexion.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
J.-M. T. Hormis le fait inéluctable que les technologies vont évoluer, il est difficile de deviner l’avenir… Néanmoins, si nous parvenions un jour à construire des ordinateurs quantiques – et non pas seulement des calculateurs –, la puissance de calcul à notre disposition créerait une intelligence artificielle d’une qualité inimaginable.

« Construire des ordinateurs quantiques, nous ferait disposer d’une puissance de calcul qui créerait une intelligence artificielle d’une qualité inimaginable »

Jean-Marc Thoumelin

Carlo Purassanta, président de Microsoft France

Carlo Purassanta - Microsoft

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
C. P. Le cloud est sans aucun doute l’une des technologies qui a le plus touché notre société au cours de ces dernières années. Le paradoxe, c’est qu’elle est encore méconnue du grand public, alors qu’elle fait partie de notre quotidien, dans nos usages personnels et professionnels. Et de nombreuses technologies, comme l’internet des objets, la 5G ou encore les solutions d’analyse de données, s’appuient sur son infrastructure. Le cloud doit d’abord disposer des meilleurs systèmes de sécurité pour accompagner la transformation des entreprises, de la startup au grand groupe, particulièrement en cette période d’incertitudes. Son utilisation doit être accompagnée du respect des droits d’utilisateurs en attente de confiance et de transparence.

Quelles conséquences la Covid-19 aura-t-elle dans votre entreprise et sur vos partenaires ou clients ?
C. P. Dès le début de la crise, notre priorité s’est portée sur la sécurité de nos collaborateurs, et sur l’accompagnement de nos clients ou de nos partenaires. Une de nos missions est de nourrir une réflexion collective sur l’après-Covid-19. Cette crise aura révolutionné la manière de travailler de centaines de millions de personnes, et aura révélé combien le numérique est essentiel pour garder les organisations opérationnelles. Afin de garantir efficacité et résilience après la crise, chaque organisation devra repenser ses processus en considérant le digital, non seulement comme un outil de communication, mais comme l’élément essentiel pour refondre et concevoir des chaînes de valeur. Tous ensemble, acteurs du public comme du privé, nous devons redessiner les contours d’une société prête à affronter avec agilité tous les types de défis. Nous devons concevoir de nouvelles façons de produire, de fournir des biens et services sur nos marchés, comme à l’international. Nous devons nous appuyer sur des moyens de production et de distribution plus efficaces, flexibles, sécurisés et pérennes.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
C. P. Avec l’intelligence artificielle, nous voici à l’aube d’une nouvelle ère, celle où la technologie repousse les limites de l’ingéniosité et du potentiel de chacun d’entre nous pour que nous réalisions nos ambitions. Il s’agit de donner les moyens à chacun de se dépasser et de relever, grâce au numérique, les grands enjeux de société que sont l’environnement, la santé, les énergies renouvelables ou encore l’agriculture responsable. L’IA contribue déjà à changer notre quotidien, accélérer la transformation des entreprises, et nous aide à façonner le monde de demain. Santé prédictive et personnalisée, industrie 4.0, retail connecté… L’autre innovation qui, sans aucun doute, marquera les prochaines années est l’informatique quantique. Le quantique n’est encore qu’au début de son développement, mais son potentiel est énorme, à l’image de son raisonnement, non binaire. Alors que l’informatique classique, aussi puissante soit-elle, atteint ses limites face à certaines problématiques complexes, l’informatique quantique puise son pouvoir dans la physique des particules. Sa puissance de calcul est incomparable par rapport à un ordinateur ordinaire. Au sortir de la crise sanitaire que nous traversons, je pense par exemple à l’amélioration de la prévention en cas de pandémie, comme à l’accélération de la modélisation des nouvelles molécules par les laboratoires pharmaceutiques.

« Acteurs du public comme du privé, nous devons redessiner les contours d’une société prête à affronter avec agilité tout type de défis »

Carlo Purassanta

Armand Kabrit, directeur du développement de Stim Plus

Armand Kabrit - Stimplus

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT lors des dix dernières années ?
A. K. Elles sont nombreuses, mais je citerais le cloud, la mobilité, l’intelligence artificielle et la réalité augmentée, le big data et la VoIP. Plus récemment, on a vu se développer la GED et les imprimantes 3D, ainsi que se démocratiser des échanges audiovisuels avec des applications comme WhatsApp, Zoom, Teams, etc. Communiquer de n’importe où avec une personne ou un groupe possédant le même équipement, partager et modifier des fichiers et des images, signer un contrat, etc., telle est la révolution la plus marquante. De nos cinq sens, il ne manque plus que le toucher, le goût et l’odorat pour nous affranchir du présentiel. La prochaine révolution sera peut-être la téléportation !

Quel impact la crise de la Covid-19 aura-telle sur votre entreprise et sur vos fournisseurs ou clients ?
A. K. La Covid-19 a accéléré notre mutation vers la mobilité, en nous dotant de moyens de travail performants et nomades. Elle nous a donné un confort de vie par le gain de temps économisé sur celui consacré aux transports. La conséquence est que nous nous dirigeons, définitivement, vers un mode de fonctionnement hybride. Pendant le confinement, nous prenions très régulièrement des nouvelles de tous nos collaborateurs. Après le déconfinement, nous nous sommes retrouvés avec un égrégore décuplé. Pour nos fournisseurs et clients, le fonctionnement basé sur l’échange traditionnel a aussi été touché de manière positive, en nous rapprochant de leur quotidien et de leur intimité. Nos rendez-vous en présentiel se déroulent désormais dans des lieux publics, et non plus sur nos sites de travail. La distanciation a modifié la convivialité au travail, et l’échange intellectuel.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
A. K. Sans aucun doute, la réalité augmentée et la nano-architecture avec les textiles intelligents et les exosquelettes motorisés. À prévoir également, les robots collaboratifs, la communication véhicule-à-véhicule et les voitures autonomes, ainsi que les drones. Parmi les leaders qui changent la donne, on pense aux ballons stratosphériques de Google et à l’Apple Pay. Un autre changement de paradigme, qui nous concerne plus directement, est le passage du coût d’acquisition au coût de consommation.

« Un autre changement de paradigme, qui nous concerne plus directement, est le passage du coût d’acquisition au coût de consommation »

Armand Kabrit

Stéphane Huet, directeur général de Dell Technologies France

Stephane-Huet-Dell

Quelles sont selon vous les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
S. H. Bien évidemment le cloud, qui s’est imposé comme une technologie incontournable de la dernière décennie. Il a non seulement révolutionné le business model et l’organisation de nombreuses entreprises, mais a vu aussi l’éclosion de nouveaux services et applications : Netflix, Spotify, YouTube, etc. De même, la mobilité a connu une accélération

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, autant au sein de votre entreprise que vis-à-vis de vos partenaires et clients ?
S. H. Les stratégies de transformation numérique engagées par les sociétés au cours des derniers mois auraient pu demander deux années dans d’autres circonstances. La pandémie aura mis en lumière, s’il le fallait encore, la nécessité d’engager leur transformation. Chez Dell, en moins de quarante-huit heures, nous avons su nous adapter sans aucune rupture de service pour les clients. Grâce à nos infrastructures performantes, les équipes IT ont fait passer quelque 120 000 employés en télétravail. Et nos clients sont, eux, passés de « Que faisons-nous maintenant ? » à « Comment planifions-nous l’avenir ? », avec des investissements dans la technologie et l’innovation qui assurent la continuité des activités à long terme. La transformation numérique ouvre, plus que jamais, une nouvelle voie pour l’avenir.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
S. H. La technologie nous aide à réinventer notre façon de travailler et d’apprendre, de trouver des solutions aux situations, quelles qu’elles soient. C’est notamment grâce au numérique que de nombreux services et métiers ont poursuivi leurs activités. Je suis convaincu que la technologie et les données catalysent la croissance. Et au coeur des attentes, la 5G, au service des êtres humains et des métiers pour favoriser une industrialisation durable, et encourager l’innovation… L’intelligence artificielle qui s’invite également toujours plus dans notre vie quotidienne : objets connectés, assistant virtuel, voiture autonome… L’IA a transformé certains secteurs industriels avec l’application de nouvelles méthodes de travail ou l’amélioration de la productivité, et continuera de le faire dans les prochaines années.

« Nos clients sont passés de “Que faisons-nous maintenant ?” à “Comment planifions-nous l’avenir ?” avec des investissements dans la technologie et l’innovation qui assurent la continuité des activités à long terme »

Stéphane Huet

Pascale Dumas, présidente et directrice général de HP France

Pascale Dumas - HP France

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
P. D. Ces dix ans de foisonnement technologique ont bouleversé notre vie quotidienne, et ont contribué à faire évoluer en profondeur nos conditions de travail. De nombreuses technologies de rupture ont émergé et accéléré la digitalisation de notre société, selon une croissance exponentielle du volume de données. En termes de mobilité, de partage d’informations, de connectivité, et de productivité, des avancées considérables ont été accomplies pour répondre aux besoins des entreprises et des particuliers. Ces technologies qui permettent d’accéder et de gérer les données, sont les plus mises en avant, mais je retiens l’impression 3D au service de la fabrication additive, une opportunité que la France doit saisir pour opérer sa reconquête industrielle.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, autant dans votre entreprise que vis-à-vis de vos partenaires et de vos clients ?
P. D. La crise de la Covid-19 aura touché tous les secteurs de l’économie, et toutes les entreprises quelle que soit leur taille. Néanmoins, celles qui ont pu et su s’appuyer sur les technologies numériques, sont apparues les plus résilientes. Chez HP, nous sommes tous familiers du travail à distance, depuis longtemps équipés en PC portables disposant d’accès sécurisés aux systèmes d’information de l’entreprise. Ce qui nous fait traverser cette période sereinement. Une évidence s’est ainsi imposée : le numérique devient une priorité absolue pour toutes les entreprises. Cette crise est à la fois un accélérateur de transformations, et un révélateur des insuffisances pour beaucoup d’entre elles. Cette pandémie est sans doute la plus grande source de pression technologique qu’elles aient connue. Elle a révélé certaines faiblesses dans leur stratégie numérique, et doit les conduire à accélérer leurs programmes de transformation IT.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
P. D. L’impression 3D associée à d’autres technologies comme l’intelligence artificielle, le jumeau numérique, et à de nouvelles innovations, notamment autour des matériaux, va jouer un rôle majeur dans la transformation et la modernisation de l’outil industriel. Elle favorisera ainsi la relocalisation de certaines industries stratégiques. La crise a d’ailleurs révélé tout son potentiel en termes de réactivité, de flexibilité et de performance. Mais d’une façon plus générale, les principales innovations de rupture devront répondre rapidement aux quatre grands enjeux de notre société : la protection de l’environnement par la décarbonation, l’accélération de la digitalisation de l’économie, les énergies renouvelables, l’évolution de la démographie autour de médecine prédictive, et la gestion des ressources naturelles, et enfin, la garantie de sécurité des États et des citoyens.

« La crise a révélé des faiblesses dans la stratégie numérique des entreprises, et doit les conduire à accélérer leurs programmes de transformation IT »

Pascale Dumas

Anthony Cirot, directeur général de VMware France

Anthony Cirot - vmware

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
A. C. Le cloud – très souvent hybride – a été sans aucun doute la technologie la plus disruptive. C’est la pierre angulaire de nombre d’innovations et de nouveaux business modèles. Des startups (Uber, Airbnb, etc.) figurent parmi les plus puissantes entreprises internationales grâce au cloud. D’autres projettent de se transformer digitalement et de survivre dans le contexte actuel. Les outils collaboratifs disponibles sur le cloud ont été essentiels pour pallier les mesures de confinement, et répondre à l’impérieuse nécessité du télétravail.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, aussi bien au sein de votre entreprise que vis-à-vis de vos partenaires et clients ?
A. C. Face aux mesures inédites prises durant la crise de la Covid-19, VMware a mis en place le télétravail car la santé de nos employés passe avant tout. Nous avons enregistré de très bons résultats depuis le début d’année, et avons gardé un rythme soutenu car les entreprises ont plus que jamais besoin d’infrastructures agiles et pilotées par logiciels. Le succès commercial de beaucoup de sociétés ne serait pas ce qu’il est sans le soutien et la collaboration d’un écosystème de partenaires engagés, surtout dans le contexte de la crise. Nous avons récemment redéfini notre programme en valorisant l’expertise de nos partenaires, et en récompensant leur niveau d’engagement (ventes conjointes, formation, gestion des prospects, etc.) Nous sommes confiants en l’avenir. La crise et le retour à la normal n’ont pas modifié notre vision ni nos ambitions. La stratégie de VMware reste pertinente face aux défis qui ont émergé de cette crise. Les gains de productivité, générés par l’essor du télétravail pendant le confinement, participent à la relance de l’économie. Et les entreprises qui ont digitalisé leurs modes de travail comptent bien continuer sur cette lancée.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
A. C. L’émergence de l’intelligence artificielle, les développements applicatifs cloud natifs via Kubernetes, par exemple, et l’automatisation extrême de l’IT sont autant de technologies disruptives à fort potentiel, avec cependant, autant de défis éthiques à relever. Les dernières années nous ont prouvé à quel point l’industrialisation a eu un impact néfaste sur la Terre, mais les nouvelles technologies peuvent aussi exercer une influence positive. Les capacités de l’IA sont extrêmement puissantes et aideront à créer un avenir sain et durable. Il est de notre devoir à tous d’utiliser la technologie pour le bien commun. La réussite d’une entreprise ne peut et ne doit plus être jugée uniquement sous le prisme de la croissance et des profits mais selon son impact sur la société et l’environnement. Le cloud est un excellent moyen de continuer sur cette voie, et combine le meilleur des deux mondes. La crise de la Covid-19 a eu raison d’un certain nombre d’entreprises qui n’avaient pas engagé la digitalisation de leurs infrastructures. Pour affronter des situations similaires dans l’avenir, l’adoption du cloud est la seule infrastructure grâce à laquelle elles s’adapteront et continueront à être agiles et innovantes.

« La réussite d’une entreprise ne peut et ne doit plus être jugée que sous le prisme de la croissance et des profits mais selon son impact sur la société »

Anthony Cirot

Laurent Silvestri, P.-D.G. d’OpenIP, et président du CDRT

Laurent Silvestri - OpenIP

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
L. S. Le cloud a totalement révolutionné le modèle économique des acteurs de l’IT, en intégrant l’approche contractuelle. Avec ce nouveau modèle de vente, les éditeurs ont étendu leur couverture de marché, notamment aux PME, qui n’assumaient pas l’ancien modèle financier. Le cloud et son économie de l’abonnement ont obligé les éditeurs à simplifier leurs offres commerciales ainsi que les méthodes de déploiement pour les rendre plus industrielles, tout en réduisant les durées d’engagement, et en imposant des conditions de qualité de service, de disponibilité ou de temps de rétablissement. Le cloud a également simplifié l’accessibilité géographique. En transformant leurs clients en abonnés, les éditeurs – comme leurs revendeurs, devenus opérateurs de services ou managed service providers (MSP) –, développent des revenus récurrents. De plus, ils accroissent la prédictibilité et la pérennité de leur chiffre d’affaires. En facturant mensuellement les services, les éditeurs et les MSP sont devenus des opérateurs de services numériques concentrés sur la qualité de leurs services, l’expérience utilisateurs et la satisfaction de leurs clients. Ils augmentent aussi la valeur de leur entreprise, tout en apportant à leurs clients un service davantage performant, et un accompagnement encore plus fidélisant.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, aussi bien dans votre entreprise que vis-à-vis de vos fournisseurs et revendeurs ?
L. S. La crise de la Covid-19 a accéléré la révolution. Chaque jour a apporté son lot d’incertitude, de défis et de solutions agiles. Au sein d’OpenIP, nous nous sommes rendu compte de notre importance pour notre écosystème. Durant toute la période, nous avons intensifié notre présence auprès de nos partenaires. Autant par notre engagement à répondre de manière fluide, rapide et efficace à leurs besoins, qu’à travers de nombreuses campagnes d’appels, pour nous assurer qu’ils tenaient le coup. Alors que 100 % de nos équipes fonctionnaient en télétravail, nous avons vécu de très belles preuves de solidarité, non seulement entre nous, mais aussi avec nos partenaires et nos clients. La Covid-19 a révélé plus que jamais nos valeurs, et nous sommes très fiers de la manière dont nous avons traversé la période de confinement. Parmi nos partenaires, les plus avancés dans leur mutation vers le modèle d’opérateurs de services numériques, ont clairement manifesté leur solidité financière. Au-delà de la résilience de leurs clients, ces partenaires disposent aussi d’outils de management simplifiés grâce au cloud. Ils ont géré les installations de leurs clients plus simplement et de manière bien plus réactive. Enfin, et cette fois pour parler des clients finaux, la crise a révélé le profond retard numérique des entreprises. Seulement 20 % d’entre elles accèdent au très haut débit en fibre ; 11 % possèdent une téléphonie dans le cloud, 5 % sont protégées face à la cybercriminalité. Le confinement a été très complexe à gérer. L’activation du télétravail a été difficile dans un grand nombre d’entreprises, et beaucoup de télétravailleurs ont dû oeuvrer dans des conditions inappropriées.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
L. S. Si on se focalise sur les télécoms, les moyens de communication des entreprises devraient encore énormément évoluer. Au-delà des plates-formes de collaboration qui ont montré leur pertinence pendant le confinement, je pense que les sociétés vont être très avides de fonctionnalités de communications à intégrer dans leur processus métier, leurs applications bureautiques, leurs CRM, leurs plates-formes de collaboration. Depuis plusieurs années, les chatbots, les voicebots et l’IA, révolutionnent les relations clients. Il leur faudra aussi posséder des outils de communications connectés au web, afin de mieux échanger avec des internautes navigants sur leur site internet ou sur les réseaux sociaux. Sans compter, la mobilité des collaborateurs qui ne devraient que s’accentuer dans le monde d’après.

« Les entreprises vont être très avides de fonctionnalités de communications à intégrer dans leur processus métier »

Laurent Silvestri

Pascal Murciano, président de Tech Data France

Pascal Murciano - TechData

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
P. M. Le cloud a vraiment été la grande révolution de la décennie passée. Son avènement – et tout l’écosystème qui s’est déployé autour – est sans conteste le fait majeur de cette période, que l’on se place en termes d’approche commerciale ou du point de vue technologique. En effet, le mode SaaS qui en découle, c’est-à-dire la souscription sous forme d’abonnement à un logiciel, a révolutionné la manière d’approcher l’informatique, qui n’est plus conçue comme un investissement lourd mais comme un abonnement souple. Ensuite, le cloud en tant qu’infrastructure a décuplé les capacités de stockage. Ce sont également les technologies fondées sur le cloud qui provoquent l’émergence et la démocratisation de l’IoT ou l’IA, par exemple.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, aussi bien au sein de votre entreprise que vis-à-vis de vos fournisseurs et revendeurs ?
P. M. Les modes de travail ont changé. Ainsi, le work from everywhere deviendra une situation de plus en plus concrète. Les entreprises doivent donc s’équiper en matériel face à ce phénomène, tout en définissant de nouveaux cadres de travail pour s’assurer de la poursuite de l’activité de l’entreprise. Il s’agit de mettre en place des process de coordination pour que les salariés en télétravail soient aussi efficaces qu’au bureau.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
L’intelligence artificielle va transformer de manière radicale la façon de travailler, comme nous pouvons déjà le constater avec l’exemple de l’automatisation robotisée des processus qui tend à se développer, ou bien au machine learning, ou encore à la généralisation de l’utilisation de la donnée. Autant de pratiques qui vont révolutionner notre approche des marchés, et modifier notre façon d’appréhender nos métiers. Cette évolution entraînera la disparition de certains métiers et en créera simultanément. Toutefois, elle pose un certain nombre de questions sociétales car nous vivons une nouvelle phase de révolution industrielle qui n’en est qu’à ses prémices.

« L’intelligence artificielle transformera radicalement notre façon de travailler, révolutionnera notre approche des marchés, et modifiera la manière dont nous appréhendons nos métiers »

Pascal Murciano

Laurent Degré, président de Cisco France

Laurent Degre - Cisco

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
L. D. Elles ont été marquées par de nombreuses technologies comme l’intelligence artificielle, le machine learning, le cloud, pour ne citer qu’elles. Mais, selon moi, ce sont toutes les avancées liées à la cybersécurité qui ont été les plus marquantes. Au cours de ces dernières années, on a enfin envisagé la sécurité informatique comme un enjeu mondial. Avec la numérisation des entreprises, il n’a jamais été aussi crucial de l’intégrer à tous les niveaux : réseau, endpoints, cloud, Internet, courrier électronique, etc.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, aussi bien au sein de votre entreprise que vis-à-vis de vos fournisseurs et revendeurs ?
L. D. La récente crise a marqué l’importance du numérique pour les organisations. Concrètement, nous avons vu exploser l’adoption des solutions de communication (audio, web et vidéo), avec le triplement du volume d’activités sur Webex. Cette augmentation est représentative à double titre : c’est l’adhésion obligée au télétravail, mais aussi l’adoption des services cloud. Les entreprises ont par ailleurs renforcé leurs postures de sécurité : Cisco a enregistré +174 % d’authentifications VPN entre fin février et mi-mars 2020. Évidemment, le trafic internet a explosé pendant cette période, et Cisco a mis tout en oeuvre pour accompagner ses clients ou partenaires avec des solutions et des offres packagées adaptées.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
L. D. L’intelligence artificielle qui va devenir le moteur de l’IT dans de nombreux domaines comme l’automatisation des réseaux, la prévention et détection des attaques, et l’amélioration du temps de réponse pour la cybersécurité, ou encore l’expérience utilisateur naturelle et simple pour les solutions de communication ou simplification du parcours client… Mais je retiendrai aussi le Silicon Photonic qui répondra à la demande de bande passante dans les centres de données, et sur les backbones opérateurs. Cette technologie permettra de s’affranchir des limitations physiques du cuivre et généraliser des débits de 400G voire plus.

« Ces dernières années auront été celles où l’on a enfin envisagé la sécurité informatique comme un enjeu mondial »

Laurent Degré

Pieric Brenier, président de C’PRO

Pieric Brenier - CPro

Quelles sont, selon vous, les technologies qui ont le plus révolutionné l’IT au cours des dix dernières années ?
P. B. Le cloud bien sûr, qui est la révolution du début de la décennie 2010, et qui a permis notamment l’avènement du modèle SaaS. Avec, dans son sillage, le software-defined et l’hyperconvergence, qui ont démocratisé l’infrastructure. Enfin, j’ajouterai les dernières générations de smartphones, qui donnent un accès permanent, en tout lieu, aux données de l’utilisateur et aux applications d’entreprise.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, autant dans votre entreprise que vis-à-vis de vos fournisseurs et clients ?
P. B. La crise aura rendu nos entreprises plus agiles, car capables de s’adapter en quelques jours à des contraintes physiques majeures et imprévisibles. Elle nous ramène à l’essentiel, en supprimant, par exemple, certains déplacements accomplis davantage par habitude que par nécessité. Elle donne également tout son sens à la proximité et favorise le « consommer-local », tant pour le grand public que pour les entreprises.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
P. B. Si je le savais…

« La crise aura rendu nos entreprises plus agiles, car capables de s’adapter en quelques jours à des contraintes physiques majeures ou imprévisibles, et elle nous ramène à l’essentiel »

Pieric Brenier

Michel Théon, président d’Arrow ECS France

Michel Theon-ArrowECS

Quelles sont, selon vous, les innovations qui ont le plus révolutionné les technologies de l’information au cours des dix dernières années ?
Si l’on se place sur cette échelle de temps, ce serait le cloud. De fait, la technologie qui a exercé le plus d’impact et qui a véritablement transformé l’IT, c’est la virtualisation. C’est elle qui a rendu possibles les changements les plus fondamentaux de nos métiers. L’infogérance existe depuis longtemps, mais pour que le cloud se développe vraiment, il a fallu réunir plusieurs facteurs. Tout d’abord, le réseau. Il se doit d’être stable, performant, et cela, bien sûr en contrepartie d’un coût intéressant. La virtualisation a autorisé la centralisation, l’unification du front office et du back office. La combinaison des deux transforme le lien entre l’applicatif et l’infrastructure. Pour que le cloud fonctionne à plein, plusieurs conditions doivent être réunies : il faut de la donnée, de la puissance machine, et des connexions sans failles. Aujourd’hui, nous avons tout cela à notre disposition. Les infrastructures gagnent davantage en efficacité, nous créons de plus en plus de data, et nos capacités de stockage sont décuplées. Tous ces faisceaux concordent donc, et contribuent au fonctionnement optimum des clouds privés et publics.

Quelles seront les conséquences de la crise de la Covid-19, autant dans votre entreprise que vis-à-vis de vos fournisseurs et revendeurs ?
La crise a confirmé que le travail à distance est possible. Les outils de communications unifiées dont nous disposons y contribuent. Néanmoins, nous l’avons expérimenté dans un contexte où nos vies personnelles et professionnelles étaient impactées simultanément. Nous exerçons un métier dans lequel la réactivité est primordiale, nous travaillons dans l’urgence. À distance, c’est donc beaucoup plus compliqué. Je suis convaincu que nous allons faire évoluer nos modèles suite à la crise. Il nous faut néanmoins les bons outils pour continuer à piloter notre activité. Enfin, il nous faut surtout préserver le lien des collaborateurs avec l’ADN de l’entreprise, ce qui crée leur sentiment d’appartenance.

Quelles seront les technologies les plus disruptives des années à venir ?
L’internet des objets et l’intelligence artificielle n’existent pleinement que grâce au cloud. Ils sont générateurs de data, demandent toujours plus de stockage, et exigent toujours plus de puissance. Pour aller plus loin, il faut aller plus vite. L’arrivée des GPU qui dopent la puissance de calcul permet de faire émerger l’IA dont on annonce l’explosion, alors qu’elle existe depuis bien longtemps. Il est également intéressant de regarder comment le DevOps va transformer le métier des hébergeurs et des intégrateurs.

« Les GPU qui dopent la puissance de calcul font émerger l’intelligence artificielle, et le DevOps va transformer le métier des hébergeurs et des intégrateurs »

Michel Théon