Syntec numérique et Tech In France se transforment en Numeum

Le syndicat des entreprises de services du numérique, et l’association des éditeurs de logiciels fusionnent. Cette entité devrait répondre d’une même voix aux enjeux inédits des technologies de l’information.

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Sep 2021
Godefroy de Bentzmann & Pierre-Marie Lehucher, coprésidents de Numéum. Propos recueillis par Thierry Bienfait

En 2005, une scission au Syntec Informatique engendrait l’Afdel, devenue Tech In France en 2016. Pouvez-vous nous en rappeler la cause ?

Pierre-Marie Lehucher L’Afdel a été créée à une époque où les éditeurs de logiciels, de petite taille pour la plupart, étaient peu nombreux en France. Il semblait important qu’un organisme spécifique les représente et fasse entendre leur voix. Par exemple, en poussant le logiciel libre comme l’un des modèles économiques pour la filière. Godefroy de Bentzmann Dominé par des professionnels du service, Syntec Informatique abordait des sujets qui les concernaient davantage que les éditeurs de logiciels, en effet. L’organisation ne les représentait qu’insuffisamment à cette époque, ces derniers ont donc ressenti le besoin d’être soutenus par l’Afdel.

« Nos principales missions concernent la mutation numérique, la formation, la valorisation des métiers, notre place en Europe, la croissance et la compétitivité des acteurs français »

Godefroy de Bentzmann

Après seize ans de séparation, pour quelles raisons vos deux organisations fusionnent-elles ?

G.B. Beaucoup plus mature, le marché du numérique nécessitait que ces deux voix soit réunies en une seule organisation. L’ensemble des acteurs devait se recentrer sur des sujets communs et faire converger leurs positions sur des questions portant sur l’attractivité, la formation, le RGPD, une règlementation européenne favorisant l’innovation, etc.
P.-M.L. Le contexte de transformation numérique nécessite, pour les éditeurs de logiciels, de reconsidérer la manière dont ils fournissent leurs solutions. Car, dans le B2B comme dans le B2C, le numérique suit une logique de plate-formisation. Ceux qui veulent s’engager dans cette direction et jouer un rôle important, doivent rechercher de nouveaux modèles. L’association de toutes les ressources, côté ESN et côté éditeurs de logiciels, s’imposait comme une évidence.

Comment ce nouveau syndicat préservera-t-il sa cohésion, alors qu’il réunit des professionnels des services numériques et des éditeurs de logiciels, aux métiers dissemblables et aux intérêts parfois divergents ?

G.B. Déjà, chez Syntec Numérique, 40 % de nos membres sont des éditeurs de logiciels. Nous savions donc depuis longtemps que nos enjeux étaient similaires à ceux de Tech In France, et que le mariage des deux organismes tombait sous le sens.
P.-M.L. De plus, ce n’est pas parce que les modèles économiques diffèrent que nos intérêts divergent. Il existe de nombreux sujets d’intérêt commun sur lesquels il faut nous accorder. Au cours des deux dernières années, nous avions déjà réuni, au sein de plusieurs commissions, nos membres éditeurs, ESN, plates-formes et conseils en technologies. Par ailleurs, un intérêt majeur existe pour un éditeur de logiciels à multiplier les partenariats avec des ESN, qui l’aideront à diffuser ses solutions, surtout à l’international.

Quelles seront les missions concrètes de Numeum ?

G.B. Nous voulons d’abord porter la voix de l’écosystème du numérique à propos du déploiement local des réseaux mobiles, la contribution de notre activité à créer des emplois, ou l’impact environnemental positif de nos actions. Dans le détail, nos principales missions concernent la transformation numérique dans la société, aux niveaux national et régional, la formation dispensée par les écoles sur ce plan, la valorisation de ses multiples métiers, la place du numérique français en Europe, la croissance et la compétitivité de nos acteurs. À titre d’exemple, nous favorisons des alliances entre startups et grandes entreprises parmi nos adhérents.
P.-M.L. Nous rebattons les cartes de notre industrie. Le chantier est vaste, et nos forces doivent s’unir pour nous adapter à ce mouvement massif de mutation numérique.

En matière de lobbying, pensez-vous que Numeum possède l’envergure suffisante pour mener à bien des actions au niveau européen ?

G.B. Syntec numérique intervient déjà à Bruxelles, avec la conviction qu’il faut travailler avec nos homologues, tel l’allemand Bitkom. En outre, l’an dernier, nous avions uni nos forces avec Tech In France en embauchant un collaborateur chargé de nous représenter auprès de certaines commissions ou de DigitalEurope.
P.-M.L. Réunir Syntec Numérique et Tech In France conjugue nos ressources pour relever des défis au niveau européen. Notre voix étant plus affirmée, nous dialoguons sur un pied d’égalité avec nos équivalents européens, auxquels nous pouvons nous associer. Enfin, Numeum compte désormais un vice-président, issu de Dassault Systèmes, qui sera chargé des affaires européennes.

De quels moyens disposera Numeum pour jouer son rôle ?

P.-M.L. Numeum disposera d’un budget de fonctionnement de 7 M€. La structure comptera entre 25 et 30 permanents et, parmi ces derniers, c’est toute une équipe qui s’occupera de l’Europe.
G.B. Grâce à la mutualisation des ressources de Tech In France et de Syntec Numérique, nos adhérents disposent d’une belle organisation dotée de moyens supplémentaires. En termes d’actions, voilà qui nous permettra de faire beaucoup.
P.-M.L. J’ajoute que Numeum compte déjà 2 300 membres, dont les cotisations représentent l’essentiel du budget. Et depuis l’annonce de da fusion, nous avons enregistré une quarantaine de nouvelles adhésions, constituées par de petits acteurs du numérique dans la France entière. L’organisation régionale de Numeum aidera à valoriser cet écosystème et à y favoriser les partenariats.

« L’association des ressources, côté ESN et côté éditeurs de logiciels, est une évidence, alors que le numérique suit une logique de plateformisation qui implique de nouveaux modèles »

Pierre-Marie Lehucher

Quels sont les chantiers prioritaires auxquels s’attellera Numeum ?

P.-M.L. Un prochain séminaire a été programmé pour définir ces priorités. Parmi celles-ci figureront sans doute la formation au numérique car c’est là un sujet majeur pour toutes les entreprises. Il apparaît indispensable de développer de nouveaux axes de formation, et d’accélérer sur des dispositifs comme les mesures d’apprentissage prises récemment par le gouvernement. L’innovation est un sujet qui nous tient aussi à coeur. Cela passera par un rapprochement avec le monde académique et universitaire. Enfin, comme Godefroy de Bentzmann vient de l’évoquer, porter la parole des membres de Numeum à Bruxelles constitue une autre de nos priorités.
G.B. Numeum doit aussi trouver une alternative au financement des licornes – nombreuses chez nous. Rachetées par les géants de la tech, elles finissent trop souvent par disparaître. Par ailleurs, Numeum se penche, avec les organisations syndicales, sur le changement induit par le télétravail qui bouleverse nombre d’entreprises mais renferme de grands bénéfices potentiels, pour peu que l’on sache l’intégrer avec un minimum d’intelligence et de souplesse.

Pour une plus grande dimension, envisagez-vous des fusions ou des rapprochements avec d’autres syndicats professionnels dans l’IT ?

P.-M.L. Numeum n’a pas vocation à devenir une holding qui grandit par croissance externe. En revanche, nous sommes ouverts à la discussion avec d’autres organismes professionnels. C’est un axe que nous devons suivre s’il rend service à notre écosystème. Mais avant cela, il s’agit surtout de bien faire fonctionner la nouvelle structure Numeum.
G.B. Il n’est pas indispensable d’opter systématiquement pour un modèle de fusion. Plutôt qu’une absorption, nous pouvons, en revanche, envisager de nous associer à des organisations professionnelles, mettre en place des commissions communes, mener des discussions plus étroites, et réaliser conjointement des travaux.

PIERRE-MARIE LEHUCHER

Portrait de Pierre-Marie Lehucher - Numeum

Âgé de 65 ans, Pierre-Marie Lehucher est titulaire d’un DEA de mécanique statistique, et docteur de l’INP de Grenoble. Après avoir occupé le poste de trésorier de Tech In France, il en est élu président en 2018 puis réélu en 2020. Il est, par ailleurs, membre du conseil d’administration de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications. Il est P.-D.G. de l’éditeur de logiciels Berger-Levrault.

GODEFROY DE BENTZMANN

Portrait de Godefroy de Bentzmann - Numeum

Âgé de 63 ans et diplômé de l’Inseec, Godefroy de Bentzmann commence sa carrière en 1982 chez Bennett Pump, au Canada. En 1984, il entre chez IBM France. Six ans plus tard, on lui confie la direction commerciale de DE3I, une joint-venture entre IBM et Dassault Électronique. Fin 1995, avec son frère Stanislas de Bentzmann, il crée l’ESN Devoteam dont il est coprésident. Depuis 2016, il présidait Syntec Numérique, après en avoir été administrateur et vice-président.