Portrait de Philippe Azouyan - Dynabook

Philippe Azouyan – Business Unit Director, Dynabook France : l’homme empathique

Passionné, fort d’un enthousiasme aux vertus communicantes, Philippe Azouyan a aussi l’élégance de l’enjouement. Avide d’apprendre, désireux de partager, orienté vers l’action, ce générateur de bonne humeur a tout d’un professeur d’énergie.

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Juin 2021
Texte Pierre-Antoine Merlin, photos Jim Wallace

Dès l’abord, Philippe Azouyan séduit. Son large sourire annonce une véritable capacité d’entraînement, corollaire d’une nécessité de convaincre, d’expliquer, de partager. Avec lui, on est immédiatement de plain-pied. Rapidement, il attaque sa biographie avec une tension projetée – comme s’il s’agissait du Ventoux. « Je suis le dernier d’une fratrie de trois frères. Je viens au monde en 1973, à Paris, au sein d’un environnement dont la tradition familiale est le textile. » Le décor est planté : le jeune Philippe grandira au milieu des valeurs entrepreneuriales. « Chez nous, c’est d’abord et avant tout la culture du travail, de l’effort, du mérite. Cela m’a marqué. Quand on me demande de me définir, je réponds : je suis un commerçant, plus qu’un commercial. » À ce moment de l’entretien, Philippe Azouyan amorce une digression qui lui tient à coeur. Il y en aura plusieurs au cours de cette conversation, tant sa volonté de faire comprendre est grande, spontanée, et pour ainsi dire rebondissante. « Je suis arménien par mes deux parents. Très exactement : 100 % français, et 100 % arménien. L’intégration est, selon moi, quelque chose de fondamental. Cette double culture est une richesse, tant sur le plan personnel, familial que professionnel. Mon épouse, elle, est française de très longue date : ses origines remontent jusqu’au XVIIe siècle ! Elle est ravie que nos enfants aient cette ouverture d’esprit, cet équilibre. » En prélude au big data et à l’analytique, Philippe Azouyan évoque beaucoup ses origines et sa famille, y compris sa conjointe. « Je l’associe le plus souvent possible à mes réflexions. J’estime qu’une réussite ne peut pas être que professionnelle. J’ai besoin de cet équilibre, c’est même une quête chez moi. Même chose dans le management : pour que les gens s’épanouissent dans leurs fonctions, il faut qu’ils disposent d’un équilibre. Sans vie personnelle satisfaisante, cela devient très difficile. Je suis conscient de ces choses et, comme je suis à l’écoute, les gens me parlent volontiers. Sinon, ils ne m’adresseraient pas la parole. » Après ce détour vers la pâte humaine, retour à la biographie et aux années de formation. Philippe Azouyan passe un bac scientifique à Lyon. La famille le pousse alors à entrer dans le textile. À s’inscrire dans la lignée. Mais voilà : le goût des sciences et des techniques est plus fort, et il souhaite poursuivre dans cette direction. Il décroche « avec mention », précise-t-il non sans une légitime fierté, son DEA Thermique et énergétique, ainsi qu’un DESS en mécanique fondamentale. Alors, Philippe Azouyan a le choix : embrasser une carrière assez classique, peut-être un peu confinée, dans un département de recherche au sein d’un grand groupe français ; ou bien l’action, la projection vers l’avenir. Il choisit le second terme de l’alternative. Et d’ajouter avec une pointe d’humour : « Je me dis que s’il doit y en avoir un, dans la famille, qui sorte du textile, eh bien, ce sera moi. Je décide de m’épanouir, et de réussir par moi-même. »

« Ici, on oeuvre en transparence, on assume ses responsabilités, on ne tire pas la couverture à soi »

PROGRESSER ET FAIRE PROGRESSER

Portrait de Philippe Azouyan - Dynabook

Avant de se lancer dans la vie active, une dernière formalité reste à accomplir : le service national. « J’étais dans les derniers effectifs. De toute façon, mon père tenait à ce que j’effectue mon service militaire », commente-t-il comme une évidence. Mais c’est une précision forte de signification. Dans la famille Azouyan, on fait les choses. À partir de là, tout s’enchaîne. « J’entre dans une PME lyonnaise d’informatique industrielle, et je me rends compte très vite que mon choix est pertinent : je vais commencer à vendre des produits à valeur ajoutée, à exercer un métier de contact. » Ainsi, son goût pour la science, celui pour la technique, mais aussi sa dilection pour le commerce, constituent un ensemble qui fonctionne plutôt bien. C’est la symbiose des attentes et des talents. Au bout de six ans, cependant, Philippe Azouyan finit par atteindre, selon sa propre expression, les limites de son évolution. Un cabinet de recrutement le reçoit. Il postule pour une embauche, mais sans savoir pour le compte de quelle entreprise. Il s’avère que c’est Toshiba, l’un des acteurs majeurs de ce que l’on n’appelle pas encore l’économie numérique. Incroyable : ce processus de sélection durera près de huit mois ! « C’est une approche extrêmement sérieuse, qui se déroule étape par étape. J’ai le bon profil, Toshiba recherche quelqu’un dans la région lyonnaise, et j’y habite. Je suis motivé, et montre même un atout supplémentaire puisque je viens du monde de l’IT. J’apporte une vision neuve, sans préjugé. À l’endroit où je me trouve, et au moment où j’arrive, la société a besoin de se reconstruire. De mon côté, je souhaite remplir des fonctions managériales et devenir commercial. Cela a donc matché. » Rapidement, le vibrionnant Philippe Azouyan s’intègre dans la culture de ce groupe d’origine japonaise, fondée sur le long terme, la qualité intrinsèque des dirigeants, des cadres et des employés, le tout assorti d’un sens profond de la responsabilité. Il faut produire du résultat, certes, mais sans être soumis à l’ambiance stressante du pilotage par les process, ni à la dictature du monthly report comme on le vit souvent dans les entreprises anglo-saxonnes.

« Inscrire Dynabook dans la durée, continuer dans cette direction, avec des ajouts réels au fil du temps »

MANAGER PAR LA CONFIANCE

Portrait de Philippe Azouyan - Dynabook

Chez Toshiba, les choses s’enchaînent avec logique et intensité. Et sans rupture culturelle : récemment, ce groupe a revendu son activité de PC portables à Sharp, qui continue à les commercialiser sous la marque Dynabook. Autant de changements qui pourraient faire tanguer le bateau. « En l’occurrence, pas du tout, explique Philippe Azouyan. Les valeurs de Toshiba et de Dynabook sont les mêmes. La notion de confiance, le mode de management, se ressemblent beaucoup. De surcroît, nous disposons de moyens supplémentaires. » Ce manager intrépide a foi en lui. « Quand on évoque la possibilité d’évoluer dans l’entreprise, à chaque fois je dis oui. Car nous opérons dans une multinationale puissante… qui fonctionne comme une PME. Résultat, l’ancienneté moyenne des collaborateurs est de quinze ans, certains affichant même trente ans ! Je peux dire que j’ai eu plusieurs vies professionnelles. Je ne me suis jamais ennuyé. » Avec quel pilotage, quelle gouvernance, quel management d’équipes ? Philippe Azouyan n’a pas dévoré les livres de management. Il a fait, c’est tout. « Mon objectif consiste à amener mes collaborateurs à progresser. Je leur donne l’autonomie, pas l’indépendance. Mon rôle est de les y aider, mais surtout pas en effectuant le travail à leur place. Car tout repose sur l’humain, ce qui n’est pas contradictoire avec la recherche de performance. La clé, c’est l’exemplarité. Il est impossible de demander à ses collaborateurs ce que l’on ne s’impose pas à soi-même. » Ce manager impliqué s’intéresse à tout ce qui est du ressort de l’entreprise. Il échange avec ses équipes pratiquement tous les jours, affirme être courant de tout ce qui s’y passe d’important (ou pas), reste au contact, connecté. « Je continue à être proche du commerce et de la technique, deux domaines qui m’intéressent beaucoup. Je ne fais pas que regarder les KPI, les indicateurs économiques et financiers. J’aime les gens. Je ne pourrais faire tout ce que je fais si c’était une contrainte. En outre, Dynabook et Toshiba sont des sociétés japonaises, dont la culture profonde est de privilégier le collectif. On oeuvre en transparence, on assume ses responsabilités, on ne tire pas la couverture à soi. » Au terme d’un entretien extrêmement riche et diversifié, une question monte aux lèvres : dans son métier de manager, qu’est-ce qui s’avère le plus difficile ? Étonnamment, il a cette réponse : « Deux choses sont vraiment difficiles à accomplir. Elles tiennent en une simple phrase : recruter une personne, et se séparer d’une personne. » Quant à sa propre mission, elle se résume à « inscrire Dynabook dans la durée. Continuer dans cette direction, avec des ajouts réels au fil du temps : je suis maintenant beaucoup plus impliqué dans les finances et le contrôle de gestion, j’ai davantage d’interactions avec mes collègues en Europe, et aussi des opportunités intellectuelles enrichissantes ». Et de marteler à nouveau cette phrase : « Je ne me suis jamais ennuyé, jamais. »

Portrait de Philippe Azouyan - Dynabook
« Mon rôle est d’amener mes collaborateurs à progresser, je leur donne l’autonomie, mais pas l’indépendance »

REPÈRES
Philippe Azouyan a 47 ans. Il est marié et père de deux enfants.
PARCOURS (SELECTION)
1997 DEA de Thermique et énergétique, complété par un DESS de mécanique fondamentale, université Claude-Bernard Lyon I.
1998 IP Systèmes, ingénieur technico-commercial
2004 BGI Technologies, responsable commercial
2005 Intègre Toshiba pour exercer des fonctions à responsabilité dans le B2B.
Parallèlement, il suit pendant un an le cursus Dale Carnegie Training en Communication et Leadership
Depuis 2019 Business Unit Director, Dynabook France

Portrait de Philippe Azouyan - Dynabook

J’AIME
Musique : Charles Aznavour, le jazz et la musique classique.
Littérature : Zola, Freud, Stefan Zweig. Les romans policiers et la science-fiction. Je suis un boulimique de lecture.
Films : Interstellar, mais aussi les films à caractère historique. Je ne suis pas un grand cinéphile, mais plutôt éclectique et curieux.
Lieux : La Corse : la synthèse de tout ce que j’aime.
Gastronomie : Le ris de veau, les bonnes tables et le restaurant… j’habite Lyon ! Quant au vin, toute la côte de Beaune. J’ai un faible pour gevrey-chambertin et le vosne-romanée.
Sport : Je cours un semi-marathon, toutes les semaines, seul. C’est une manière d’évacuer le stress, d’éprouver la possibilité d’un exutoire. Je repense aux évènements de la semaine, et je prépare la suite. De ce point de vue, je suis comme un métronome. C’est une vraie discipline.