Portrait de Mustapha Nhari - Asus

Mustapha NHARI, DG Asus France : la simplicité exigeante

Chaleureux, direct et abordable, Mustapha Nhari place la sincérité dans la vie des affaires, et dans la vie tout court, car elle simplifie les rapports humains en ce qu’elle les rend meilleurs. Portrait d’un homme sensible, naturel et sans apprêt.

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Nov 2021
Par Pierre-Antoine Merlin, photos Jim Wallace

Une chose frappe dès l’abord en découvrant Mustapha Nhari : c’est un homme normal. Impression qui se confirme à mesure que la rencontre se déroule, quand viennent les gestes, les attitudes, les thèmes abordés. Le patron d’Asus France s’exprime librement, avec un naturel désarmant, « sans rien en lui qui pèse ou qui pose », comme écrit Verlaine – à un tout autre propos. L’artifice est absent. C’est bien agréable. On ne perd pas de temps à démêler le vrai du faux. Il ne cherche pas à vous faire une vente, à vous impressionner. Il est loin, très loin de procurer cette pénible impression, éprouvée avec certains managers rompus à l’exercice du business envahissant, et qui ont tendance à oublier que vous êtes juste un journaliste accoucheur, un mercenaire insensible à leur cause.

« Je recherche l’excellence. Asus France est une société qui me ressemble. »

TOMBER SEPT FOIS, SE RELEVER HUIT

Portrait de Mustapha Nhari - Asus

Si la vie est un roman, celle de Mustapha Nhari est un récit ponctué de rebondissements, aux échéances multiples, cohérentes, et finalement convergentes. D’un ton calme, avec une certaine discrétion et à voix assez basse, ce rétif à l’emphase attaque tranquillement l’exposé de sa vie. On sent rapidement que les tenants de l’ascenseur social théorique, fantasmé, n’ont plus besoin de garnir les plateaux télévisés pour venir y faire de grands discours. Car cette progression au mérite, qui fait honneur au triptyque républicain qu’on croit parfois disparu, est ici, dans un bureau de la région parisienne. « Je grandis d’abord à Asnières-sur-Seine, puis à Champignysur- Marne. Nous sommes une famille nombreuse puisque j’ai sept frères et soeurs. Les années d’école, elles, ont été compliquées. Pendant toute ma scolarité, j’ai dû me battre à toutes les étapes. Par exemple, on m’a proposé la filière chaudronnerie. Or, mes parents voulaient que je réussisse… J’ai redoublé ma cinquième, et suis reparti de l’avant. » Ce n’était qu’un avant-goût, car le jeune Mustapha va voir ce type de situation se répéter à plusieurs reprises, et avec toujours la même intensité. Autre exemple. « Nouvel obstacle : on essaie de m’orienter vers un BEP. Mais là, je me dis qu’il faut aller au bout des choses. Le travail paie. Qu’il faut se battre, chuter et se relever. Donc je fais un BEP électronique. » Nouvelle étape, nouveau progrès, nouvelle maturation : Mustapha Nhari se retrouve à la cité universitaire d’Antony, en banlieue sud de Paris. « C’est là que j’apprends l’indépendance. Il faut gérer son budget, payer, étudier. Ce qui me frappe à la cité U donc, c’est la solidarité entre les étudiants. Pour le reste, mon problème est simple, si l’on peut dire : c’est l’anglais… que je ne maîtrise pas. Là encore, je suis servi par la chance. J’ai la possibilité de partir outre-Manche, plus précisément à Cardiff. Je m’y rends avec un ami, je m’installe et… fatalement, je me retrouve seul, au milieu de mes affaires. » L’aventure débute.

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« En 2003, je pars d’une feuille blanche, il faut créer un réseau de revendeurs, c’était le plus important, le plus urgent »

MÉRITE, EFFORT ET RÉSULTAT

Pour conter ses années de formation, Mustapha Nhari donne force détails, et autant de démonstrations par l’exemple. Impossible de les raconter par le menu, surtout dans le cadre d’une enquête journalistique, car sa trajectoire n’est pas celle d’un enfant né coiffé. Mais bien celle d’un battant. Servi par la chance, oui, sans doute. Mais en toute circonstance, il faut savoir l’attraper, être aux aguets, saisir la chance comme un marin qui joue les courants porteurs pour arriver à bon port. Plus rare, il sait dire merci, ne se gonfle pas du travail des autres mais du sien propre. Au long de son récit, il rend hommage, avec beaucoup de simplicité, aux personnes qui ont compté, qui l’on aidé dans sa longue route vers l’accomplissement de soi, et l’accompagnement des autres par le goût qu’on professe à leur endroit. « J’amorce ma vie professionnelle chez un grossiste, en 2001 : Phaselys, société à laquelle je veux rendre hommage, pour plusieurs raisons. D’abord, par sa nature, le grossiste se situe entre la marque, le revendeur et le client. Donc nous voici au coeur de la chaîne de valeur. Ensuite, j’y ai fait des expériences humaines. Un chef ne voyait pas chez moi la fibre commerciale. Mais mon patron m’a dit que je devrai travailler deux fois plus que les autres. Je veux rendre hommage à François Molina, alors P.-D.G. de ce groupe. » À partir de là, tout s’enchaîne. Mustapha Nhari lit une annonce : Asus recrute. Il envoie un e-mail, et on lui répond. La fibre commerciale, l’envie, la pratique, il connaît. « J’avais même monté un PC ! », se rappelle-t-il avec une légitime fierté. L’année 2003 arrive, et c’est celle du grand tournant. Car dans le même mouvement, il se marie et entre chez Asus. Deux actes fondateurs. « Quand je démarre, je pars d’une feuille blanche. Je n’ai même pas de téléphone ! Il faut tout faire, tout inventer, tout installer. Et d’abord créer un réseau de revendeurs. J’ai tout de suite considéré que c’était la chose la plus importante, la plus urgente. En fait, si je n’avais pas bougé, on serait toujours au même point. Il fallait donc amorcer la pompe, créer une dynamique. Seul celui qui ne fait rien ne se trompe pas. »

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« J’encourage les initiatives. Manager, c’est déléguer. Je ne dis pas à mes collaborateurs ce qu’ils ont à faire. »

PRATIQUER LA CONFIANCE

Rapidement, Asus trouve son rythme de croisière dans l’Hexagone. Sous l’impulsion de ce patron au caractère faussement low profile, la France est, en l’espace de seulement dix-huit ans, devenue le troisième marché en termes d’importance pour la maison mère, juste derrière la Chine et les États-Unis. Rien que cela. De surcroît, la société est numéro un des ventes, en valeur comme en volume, sur la partie ordinateur portable grand public. Quelle est la recette ? Mustapha Nhari serait-il du genre contrôlant, ou plutôt porté sur la pratique de la confiance ? De son propre aveu, il appartient plutôt à la seconde catégorie. « J’encourage les initiatives. Manager, c’est déléguer. Je ne dis pas à mes collaborateurs et aux employés ce qu’ils ont à faire : c’est moi qui apprends d’eux. Et cela, tous les jours. Je veux simplement de la compétence. » Pour souder les équipes, le patron d’Asus France aime les rencontres au long cours en dehors des endroits habituels. Par exemple, en organisant un kick-off. « On se rend tous ensemble dans un lieu, on dort sur place. On est vraiment en 360. » Être parmi ses équipes, écouter, décider de manière aussi collaborative que possible, donne une représentation mentale de ses conceptions et de ses actions. « Je recherche l’excellence. Asus France est une société qui me ressemble. » Vue de l’extérieur, cette entreprise, ses locaux, ses personnages, son ambiance, donne l’impression – sans doute méritée – de l’énergie sans le stress. Pour autant, Mustapha Nhari n’est pas homme à se contenter de l’immobilisme, même et surtout s’il est acceptable.

OBJECTIF ÉLEVÉ POUR ASUS BUSINESS

Portrait de Mustapha Nhari - Asus

« La crise de la Covid-19 m’a fait prendre les choses différemment. Notamment sur l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle. Je tente de m’épanouir, tout en préservant ma famille. » Mais comment associer les siens à ses bonheurs publics et privés, voyager tout en étant là, avoir conscience de la vanité des choses et de leur finitude tout en s’impliquant ? Le blues du businessman n’est pas qu’une chanson. Dans l’immédiat, pourtant, notre portraitisé est là, et bien là. « Je ne me projette pas. Je sais d’où je viens, où je suis, où je veux aller et ne pas aller. À moi de faire en sorte que ça marche. Aujourd’hui, je suis au bon endroit. À moi encore de garder cette dynamique. » S’il ne se projette pas à titre privé, par exemple, en imaginant une retraite qu’on lui souhaite le plus tard possible, son métier de manager l’oblige à penser loin. Et à faire mouvement, se donner des objectifs. « En tant que dirigeant, je dois me projeter et anticiper. Voici un exemple tout à fait concret : il faut qu’Asus Business soit, d’ici à cinq ans, au même niveau que la partie consumer. » Il ressort de cette matinée passée en compagnie de Mustapha Nhari qu’il évite un défaut répandu chez les patrons français : prendre l’énergie d’autrui, et lui transmettre du stress en échange. À l’inverse, lui, gère son énergie et a l’élégance de sauvegarder celle des autres. À celui qui rend hommage à ses bienfaiteurs, on est bien tenté de rendre la pareille.

Portrait de Mustapha Nhari - Asus

REPÈRES
Mustapha Nhari est marié et père de trois enfants.

PARCOURS (SÉLECTION)
Naissance au Maroc, puis arrivée en France à l’âge de deux mois
2000 Bachelor of Science
2001 Stage puis CDI chez le grossiste Phaselys

Asus France
2003 Commercial spécialisé channel
2004 Lancement de l’activité retail
2006 Responsable commercial
2016 Ajoute l’Afrique francophone à ses responsabilités.
2018 Directeur général

J’AIME…
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LITTÉRATURE Les histoires réelles, les faits de société, pour comprendre ce qui s’est passé. La presse, notamment l’E.D.I, Le Parisien et L’Équipe.
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