Karine Picard - Oracle

Karine Picard – DG Oracle France – Sereine et déterminée

À mi-parcours, la course de fond de Karine Picard est déjà impressionnante. Sereine et déterminée, cette femme d’affaires cultive le goût des autres avec enthousiasme. En cause, sa conception du management, à la fois exigeante et participative.

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Sep 2020
Par Pierre-Antoine Merlin, photos Jesse Wallace

C’est à Lyon que naît et grandit Karine Picard, unique enfant de parents dotés d’un solide bagage juridique. « J’aime ma ville, et je lui dois beaucoup. À mes parents aussi. Deux valeurs cardinales existaient chez nous : le sport et le travail. J’étais une bonne élève, avec assez peu de famille. » La jeune Karine aime et apprécie son milieu, ce qui ne l’empêche pas de faire montre d’initiative. Son bac en poche (section D, sciences expérimentales), elle suit une prépa HEC, toujours à Lyon. Au bout d’un an, elle tente sa chance : ce sera l’ESLSCA, une école de commerce sise à Paris. Elle a tout juste 19 ans. « Mes parents étaient marqués par la culture soixante-huitarde, ils étaient libéraux. À la maison, il y avait de l’harmonie et de la fluidité, c’est vrai. Cela se passait bien. Mais je manifestais déjà un côté indépendant. »

LE GOÛT POUR LES CLIENTS, PUIS POUR LA TECHNOLOGIE

À sa sortie de l’école de commerce, elle intègre un cabinet de conseil, dans un domaine plutôt financier où elle s’initie aux délices de la « consolidation statutaire », une fonction dont son interlocuteur ignore tout, mais dont, elle, n’ignore rien. « Assez vite, je me rends compte que je développe un goût pour les clients, la diversité des métiers, le contact, et ce qui en constitue souvent le prolongement, le commercial.

Voilà ce que j’éprouve profondément et, d’ailleurs, plusieurs personnes de mon entourage me le font remarquer à l’époque. » Insensiblement, le goût de la technologie lui vient aussi. Il est vrai que, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, nous voici en pleine « nouvelle économie », fondée essentiellement sur les promesses du Net. Cette ferveur et cette énergie plaisent à Karine Picard qui trouve là un moteur supplémentaire d’épanouissement. Un vent d’optimisme et d’audace qui ne la quittera jamais. Arrive la période Hyperion et SAP. Un passage assez international pour la première fois de sa carrière : au sein d’Hyperion, il arrive un moment où elle partage son temps entre New York et Paris.

« Nous réussirons les transformations d’abord par notre effort commun, pas seulement par la marque »

C’est à cette époque aussi que Karine développe simultanément tous les outils de sa panoplie. La techno, le commercial, les partenaires, la finance, tout lui fait envie, tout fonctionne en symbiose. Un apprentissage de ces disciplines, ou plutôt, un approfondissement. Une autre chose frappe l’observateur. Sa trajectoire embrasse toutes les fonctions, tous les métiers, toutes les responsabilités, mais, au fond, avec assez peu d’employeurs. Elle fait son chemin, insiste, comprend, apprend, exerce ses missions. Mais bouge peu. Mais avec un contre-exemple : voilà une douzaine d’années, alors qu’elle s’engage et s’implique à fond (comme toujours), elle se sent en décalage avec la culture de son employeur du moment, en l’occurrence SAP.

Karine Picard

« Chez nous, deux valeurs cardinales existaient : le sport et le travail »

LA LIBERTÉ EXIGEANTE

Le fonctionnement, l’organisation, la nécessité de faire de la politique interne pour progresser ne lui conviennent guère. « J’étais proche du burn-out. Fort heureusement, on est venu me chercher. Il faut dire qu’entretemps, Oracle avait racheté Hyperion où j’avais gardé beaucoup de relations… » Va pour Oracle ! Karine Picard en est persuadée, il y a beaucoup de choses à faire chez Oracle. D’abord parce que ce groupe est au centre du tout. Les applicatifs, l’informatique à la demande, la tarification à l’usage, les platesformes, l’enjeu de la souveraineté des données, sont autant de défis à relever. Oracle agit de toutes les façons pour faire migrer sa base installée vers de nouvelles solutions hébergées dans le cloud. Le process move-to-cloud est acté chez les partenaires comme chez les clients. C’est une tendance fondamentale pour ce géant de l’IT qui traîne la réputation d’une structure extrêmement technique. Avec le risque d’être peu attrayant si on le compare à Salesforce, l’un de ses principaux confrères, dont l’image est beaucoup plus moderne – sans parler des Gafa.

Karine Picard - Oracle France
« On est toujours obligé de prouver. Mais je ne joue pas de rôle. »

Chez Oracle, les dirigeants, au premier rang desquels Karine Picard, misent sur le capital humain. « Beaucoup de gens viennent de startups, ce qui apporte du sang neuf. Ce n’est pas seulement par la marque que nous réussirons les transformations, c’est d’abord et avant tout par notre effort commun. J’inclus évidemment les partenaires. Je le dis et le répète : pour nous, les partenaires sont cruciaux. On ne peut pas gagner sans eux. » D’autant que, selon elle, l’autonomie, l’initiative, la confiance, – la liberté, en un mot – sont des vecteurs forts au sein de l’entreprise. Et que dans cet ensemble toujours en mouvement, les Français ont un rôle à jouer. La bienveillance, ce concept si galvaudé de nos jours, le plus souvent « pour faire bien » mais sans contenu, est une réalité sur le terrain. « On trouve de multiples opportunités pour peu qu’on veuille les exploiter, que ce soit sur les plans fonctionnel ou géographique. » Karine Picard se déclare également sensible aux petits gestes. Cette femme d’affaires est aussi une émotive, on le sent vite à sa façon de se présenter. L’énergie personnifiée n’exclut pas la sensibilité. L’un renvoie à l’autre – presque simultanément. « Un jour, un membre de l’équipe avec lequel je travaillais depuis longtemps, est venu me voir avec, à la main, mon champagne rosé préféré : un Billecart Salmon. C’est ce genre d’attention qui fait l’agrément des relations dans le cadre du travail. Pour autant, nous ne consituons pas une grande famille, dire cela serait démagogique. Je ne suis pas une maman, je suis exigeante vis-à-vis de moi-même comme vis-à-vis des autres. On est toujours obligé de prouver. Mais je ne joue pas de rôle. Je suis naturelle. Les gens m’intéressent. » À plusieurs reprises lors de cet entretien, Karine Picard évoque, de sa propre initiative, la fonction majeure du logiciel dans l’économie, l’industrie et la société. De fait, ce dernier n’est pas seulement une petite partie du numérique. C’est, bien plus que l’équipement matériel et même que les réseaux, la source du codage, de l’intelligence, de l’invention, de la création. Toutes qualités dont Oracle et Karine Picard font leur miel. Pourtant, dans le cas de cette femme d’affaires battante, qui court le marathon de la vie avec son envie permanente de faire, ce n’est pas seulement d’intelligence ou même de sensibilité qu’il est question. La directrice générale a en effet pour elle une caractéristique qui n’est pas si fréquente à son niveau, dans cette France de 2020 livrée à toutes les crises. Pour autant qu’on puisse en juger, cette Lyonnaise, enfant unique au caractère sensible et bien trempé, conserve à la maturité un secret puissant, et peut-être le plus rare des carburants : la gentillesse.

Karine Picard - Oracle France

« Les partenaires sont cruciaux, on ne peut pas gagner sans eux »

Repères

À quarante-huit ans, après douze ans passés chez Oracle, Karine Picard pilote la filiale française.

PARCOURS
1994 – Project Manager en consolidation financière, Visea Consulting – Deloitte.
1999 – Responsable préventes au département consolidation et reporting, puis Senior Product Manager, toujours dans le domaine financier, Hyperion France.
2005 – Directeur des activités avant-vente avec coordination des partenaires, Outlooksoft.
2007 – EMEA CPM Pre-Sales Manager, SAP.

Chez Oracle
2008 – Karine Picard occupe une dizaine de fonctions.
2017 – VP EMEA Applications Strategy & Sales Development.
Depuis 2019 – Directrice générale d’Oracle France, fonction qu’elle cumule avec son poste précédent.

J’AIME…
Musique : Duke Ellington, Vanessa Paradis, Benjamin Biolay, PNL.
Littérature : Camus, Sartre, Malraux, Hannah Arendt. J’ai hâte de lire « L’énigme de la chambre 622 », de Joël Dicker.
Films: Les films de Claude Sautet, ceux de Jacques Audiard et de Xavier Dolan.
Lieux : Lyon, la Toscane.
Gastronomie : Le turbot et le cabillaud. Le bourgogne rouge, comme le santenay.
Sport : La boxe française, le yoga.