Erwan Montaux - Intel

Erwan Montaux – Country Manager France, Intel – L’enthousiasme communicatif

Le goût des autres que manifeste Erwan Montaux, associé à une disposition d’esprit résolument tournée vers l’action et l’envie de progresser, est essentiel. Surtout lorsque l’on pilote la filiale française d’Intel.

Juin 2023
Par Pierre-Antoine Merlin, photos Jim Wallace

Le visiteur qui pénètre dans l’antre d’Intel à Meudon (Hauts-de-Seine) s’attend à voir un patron ployant sous le fardeau de responsabilités écrasantes. Le contexte n’arrange rien : réajustements en cours, difficultés d’approvisionnement en composants et matières premières, tension sur les prix, incertitude sur l’avenir, tracasseries, réelles ou supposées, légitimes ou non, en provenance des autorités réglementaires en tout genre. Tout cela au rythme des bruits de bottes à l’Est de l’Europe.

Erwan Montaux - Intel

La litanie des raisons d’être stressé est donc infinie. Or, l’homme qui se présente devant son interlocuteur du jour est simple, courtois, disponible. On attendait l’incarnation du business international, on trouve un camarade, franc, cordial. « Droit comme une barre », disait Gabin – à un tout autre propos il est vrai. Quand on lui fait remarquer cette heureuse surprise, Erwan Montaux sourit. Certes, il préside depuis peu aux destinées de la filiale française, et pourtant, tout paraît simple avec lui. Le voici qui se prête volontiers au jeu de l’entretien et revit son parcours avec exactitude et, peut-être surtout, beaucoup de naturel.

« Ce que je peux faire, c’est créer un contexte. Pour cela, je suis toujours en mouvement : un calme agité. »

L’aiguillon de la découverte

« Les hasards de la vie m’ont fait naître à Rennes en 1974. Je suis issu de parents d’origine charentaise, en l’occurrence du côté d’Angoulême. Ma mère était institutrice et mon père consultant. Je n’ai aucun souvenir de ma prime enfance en France, et pour cause : j’ai à peine un an lorsque mes parents m’embarquent avec eux au Canada. Nous voilà partis tous les trois, et c’est là-bas, outre-Atlantique, que s’impriment mes premiers souvenirs. »

Une chose le marque déjà : une façon particulière de se sentir dans le monde, forgée par ses parents, et dont il garde une sensation à la fois précise et durable. « J’ai le souvenir que mon éducation était empreinte de savoir-être. C’est quelque chose qui m’a façonné et qui me guide encore. »

« Surtout ne pas être statique, chercher à s’inscrire dans la dynamique, demeurer le plus ouvert possible »

Vers l’âge de douze ans, le voyage reprend. Les éclairs dans la nuit aussi. Mais ce ne sera pas un trajet retour vers la mère patrie. Au contraire : la prochaine destination est… Madagascar ! Décidément, on bouge beaucoup dans cette famille. « Voilà encore un très bon souvenir. J’apprends à découvrir. Tout est matière à révélation et à émerveillement pour moi. Là, je me mets à connaître un peuple incroyable ! D’ailleurs, que ce soit au Canada ou à Madagascar, mes années de jeunesse et de formation se sont toujours déroulées sous le signe de la nouveauté et de l’échange. Vivre toutes ces expériences est une chance. »

Erwan Montaux - Intel

Arrive le baccalauréat, qu’il passe en section ES (économie), au lycée français de Madagascar. à ce stade de sa vie, les choses sont donc claires : Erwan Montaux est un Français qui n’a jamais vécu en France. Cette situation singulière forme l’esprit du jeune garçon d’une façon sans doute différente de ses compatriotes. Car une telle succession de circonstances forme un ensemble extraordinairement gratifiant. Il tient au milieu familial, c’est une affaire entendue, mais aussi aux rencontres qui s’enchaînent et fonctionnent en symbiose pour constituer un paysage mouvant et foisonnant.

On peut aussi inférer de cette profusion de cadeaux immatériels que le jeune Erwan a déjà, bien ancrée en lui, une disposition innée pour le bonheur. L’arrivée en France, elle, est plus mitigée. Le jeune Erwan s’acclimate à l’ombre de l’université de Paris-Dauphine. L’impression générale est moyenne, comme un retour de vacances. « Je pars avant la fin, car j’ai envie de lancer une boîte », explique-t-il sans s’appesantir sur les tenants et aboutissants.

En 1998, c’est chose faite. Erwan Montaux démarre en trombe sa vie professionnelle avec une première incursion concrète. Car là encore, il n’attend pas la becquée. Il fait. Et c’est Editec, une société spécialisée dans les bases de données et la capture d’informations numériques, qui voit le jour. « C’est là que je rencontre vraiment la technologie. Et, avec elle, le monde de l’édition et de la comptabilité. Déjà à l’époque, tout se transforme et se dirige de plus en plus vers le digital. »

Sous le signe de l’accomplissement

A mesure que le temps passe, Erwan Montaux développe deux goûts complémentaires : l’international et la technologie. Séduit par le positionnement d’Intel, qui fonde justement sa stratégie sur cette double vocation, il décide de contacter cette entreprise.

Il ne le sait pas encore, mais il va y passer les vingt prochaines années. Et peut-être davantage ! Pour le moment, il plonge dans le grand bain. C’est la meilleure façon d’apprendre à nager. « Je commence dans le channel. Il s’agit pour moi d’accompagner l’écosystème numérique français. Simultanément, j’assiste à l’explosion du commerce électronique. On est alors au point d’inflexion : la chute de la nouvelle économie vient de s’achever, et tout commence à remonter. » Sa chance – une de plus – est alors d’enchaîner les postes et les fonctions. « Toujours à Paris, je m’occupe par la suite du grand public. Donc un point de vue tout à fait différent. Il faut dynamiser le marché, se focaliser sur les usages et les applications domestiques. »

Erwan Montaux - Intel

Pour un cadre dirigeant passionné par le mouvement, ce contexte recèle une foule d’opportunités : tour à tour, et parfois en même temps, Erwan Montaux devient spectateur et acteur de l’innovation, de la technologie, du business-to-business et du grand public… entre autres. Il sait prendre les courants porteurs. Là encore il est dans les starting blocks. Car par sa nature même, une entreprise de taille mondiale comme Intel est susceptible de faire vivre au collaborateur motivé, enthousiaste, toutes les configurations.

Après une jeunesse prodigue en émotions diverses, sa vie d’homme dans la force de l’âge continue à combler sa soif de connaissances et de curiosité. En le voyant évoquer ses goûts et ses projets, une certitude se dégage peu à peu dans l’esprit du visiteur : le patron d’Intel France est actif, mais pas fébrile. Simplement, la vie passe trop vite. Une existence ne suffira pas à combler sa passion d’être. Erwan Montaux aime la vie, qui le lui rend bien. Il en veut encore, il en veut toujours plus. Appréciant le présent, tendu vers l’avenir, avec un sourire gourmand qui l’illumine.

« Chez Intel, on peut développer ses compétences, se former, et même effectuer des remplacements ! »

L’équilibre est dans le mouvement

Si le bonheur est dans le pré, l’équilibre est dans le mouvement. Sa conception du management en témoigne. « Dans l’exercice de ma fonction, j’agis sur tout le spectre des responsabilités. Je ne suis entouré que d’experts. Je m’appuie sur eux le plus possible pour prendre les décisions. Ce que je peux faire, c’est créer un contexte. Et pour créer ce contexte, je suis toujours en mouvement. Avec ce que je suis : un calme agité. J’ai confiance en moi. Surtout, j’aide les équipes à anticiper. Surtout ne pas être statique, chercher à s’inscrire dans la dynamique, demeurer le plus ouvert possible. »

Erwan Montaux - Intel

Erwan Montaux est un homme étonnant : là où ses confrères et consœurs rivalisent d’ingéniosité pour s’afficher comme des managers habités par la confiance et non le contrôle intrusif, lui s’affranchit de cette dialectique et table résolument sur la dynamique inlassable et les yeux grand ouverts. Une attitude, plus qu’une tactique. à chaque difficulté il recherche, conjointement avec ses équipes, une solution pérenne. « Il faut absolument éviter les biais de confirmation. »

Pour mémoire, les biais de confirmation traduisent cette tendance instinctive de l’esprit humain à rechercher en priorité les informations qui confirment sa propre manière de penser. Elle néglige par voie de conséquence tout ce qui pourrait la remettre en cause : en somme, il s’agit d’une altération plus ou moins volontaire de la lucidité. « Il faut s’efforcer de penser contre soi », ajoute Erwan Montaux. Une fois de plus, il insiste sur l’attitude, le comportement, qu’il faut privilégier. « à l’arrivée, et en toutes circonstances, il s’agit pour moi d’incarner la stratégie de l’entreprise. » Ce point est crucial, surtout à une époque où l’entreprise se transforme de façon majeure. Avec des enjeux vitaux dans trois domaines au moins : accélérer les roadmaps d’une façon phénoménale, accélérer encore la loi de Moore, et satisfaire au mieux les besoins en semiconducteurs, notamment avec l’usine allemande de Magdebourg.

La méthode Intel, qui se trouve être, et c’est heureux, la méthode Montaux, s’apparente donc à la conduite automobile : accélérer dans les virages pour maintenir l’équilibre du véhicule et de ses occupants. à l’évocation de cette image, il acquiesce. Et précise, au moment où cet entretien va prendre fin, ce qui fait sa philosophie de vie, sa praxis pour parler le langage des spécialistes. « Le travail n’est ni une difficulté, ni une contrainte, ni une souffrance pour moi. Au contraire. Par exemple, chez Intel, on peut développer ses compétences, se former, et même effectuer des remplacements ! J’ai fait un échange pendant plusieurs mois avec mon homologue responsable du Canada et de l’Amérique du Sud, basé à Toronto. C’était très enrichissant. » La cause est entendue : Erwan Montaux a cette propriété rare d’énergiser et de calmer à la fois. Et l’on se prend à rêver que ces ondes infusent dans la société.

Repères

Erwan Montaux a 49 ans. Il est marié et père de deux enfants.
PARCOURS (sélection)
Sorti de l’université de Paris Dauphine en 1996, puis du Cnam en 1998, Erwan Montaux cherche à se former tout au long de sa vie professionnelle. Ainsi, il consacre l’année 2006 à se perfectionner sur le campus bellifontain de l’Insead.
1998 Editec, cofondateur et propriétaire.
Chez Intel
2003
Reseller Channel Organization Application & Sales Engineer France.
2008 Consumer Organization Influencer Sales France.
2016 Enterprise Business Director EMEA.
2018 Sales Director – Enterprise, Public Sector & Next wave CSP.
Janvier 2023 EMEA Director – HPC¹, Defence & Aerospace, puis en février, Country Manager

1 La partie HPC (High Performance Computing) est cruciale, puisqu’il s’agit des supercalculateurs.

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