Portrait de Arnaud Lepinois - HP

Arnaud Lépinois – P.D.G de HP France : une carrière menée haut la main

Sportif, serial entrepreneur et dirigeant d’un grand groupe IT, Arnaud Lépinois mène sa carrière en mode Avance rapide. Une suite de succès qui ne lui fait pas oublier pas sa jeunesse passée dans la banlieue défavorisée.

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Mai 2021
Texte Vincent Verhaeghe, photos David Maugendre, andia.fr

Toute vie est parsemée d’évènements, provoqués ou subis, qui changent un destin. Si on doit en retenir un dans celle d’Arnaud Lépinois, c’est sans aucun doute la blessure à l’épaule qu’il subit au début des années 1990 alors qu’il évolue au MHB, le club prestigieux de handball de Montpellier. Auparavant, il évolue dans les centres de formation réputés de Livry-Gargan et Gagny, où sa jeunesse se déroule dans des cités défavorisées qu’il évoque volontiers. « Ça m’a donné non seulement la volonté d’avancer, mais aussi la vision qui m’incite toujours à former des jeunes et à les pousser à progresser, plutôt que de me reposer sur l’existant et l’acquis », explique Arnaud Lépinois. Sa blessure à l’épaule l’oblige à renoncer à son rêve de passer professionnel, mais son entourage ne le laisse pas tomber. Parallèlement à sa pratique sportive, il suit un BTS en conception de produits industriels, un secteur qui attire ce passionné de technologie. Après l’arrêt forcé du handball, il pourra poursuivre ses études, à condition de finir major académique. Ce qu’il devient et qui lui ouvre les portes de l’Institut national des sciences appliquées de Lyon.

« Je n’érige pas de grandes théories sur le management, mais mon expérience dans l’IT me permet d’échanger avec un DAF autant qu’avec un DSI »

DU MHB À IBM

Portrait de Arnaud Lepinois - HP

Le cursus lié au génie industriel le séduit, et simultanément, IBM le sollicite à Montpellier où il conserve des attaches. Big Blue recherche des compétences nouvelles pour des missions de réingénierie de mainframes, notamment pour le déploiement d’ERP. Et les profils dans ce domaine sont rares. Cela fonctionne si bien qu’il est rapidement repéré et recruté par IBM Software pour travailler, cette fois à Paris, en tant qu’avant-vente technique sur les offres Lotus. Java, DB2, Domino… il cumule les compétences de développement et d’intégration autour de ces solutions hautement technologiques qui le mettent aussi en relation avec les partenaires et les clients finaux. Arrive alors un premier virage dans sa carrière quand il est appelé pour monter et développer une ESN, Inexware, axée sur Lotus. « On manque de partenaires et d’employés pour commercialiser les projets autour de cette offre, et nous choisissons de former des centaines de jeunes pour notre petite structure qui comptera 200 salariés, au point de devenir le premier soustraitant d’IBM sur le marché alors émergeant de la banque en ligne », se remémore Arnaud Lépinois. Le succès est tel qu’Inexware est rachetée par Neurones où Arnaud exercera la responsabilité de CTO. Une aventure qui dure cinq ans mais qui place sa vie de famille au second plan. « Un lundi, ma fille me dit : ‘‘À samedi, papa !’’ Ma femme et moi décidons alors de changer de vie… »

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SERIAL ENTREPRENEUR AU CANADA

Un revirement radical puisqu’il cède les parts qu’il possède et, sans aucun job en perspective, toute la famille part pour Montréal. Il est rapidement sollicité pour la création d’une banque en ligne en Europe, et décide de tout faire depuis le Canada. Il bâtit ainsi une structure offshore qui fonctionne remarquablement. Tant et si bien qu’il se lance alors dans plusieurs créations d’entreprises dans des domaines aussi variés que la biotech ou la production de contenus audiovisuels. « Je découvre ce qu’est la pression d’une organisation qui tourne un long-métrage nécessitant un investissement de 12 M$ au cours d’un mois de production ! », s’amuse-t-il. Sa période montréalaise durera sept ans, mais des raisons familiales l’incitent à rentrer en France après la cession de toutes ses entreprises à ses associés et collègues canadiens pour une somme symbolique. Nous voici en 2012, il entre chez Computacenter pour relancer l’activité de services qui n’est pas au mieux au sein du corporate reseller. « L’organisation manque de densité, et on reproduit souvent les mêmes erreurs d’un client à un autre. Mon rôle consiste à cadrer les contrats de services. Je monte des centres, d’abord à Montpellier et à Perpignan, jusqu’à une quinzaine d’autres entités de services pour le groupe. » En 2017, avant un nouveau changement radical envisagé pour Singapour, Computacenter lui propose la direction de la filiale française. « Je n’érige pas de grandes théories sur le management, mais mon expérience acquise sur les technologies de l’IT me permettent d’échanger avec un DAF autant qu’avec un DSI. »

« Le nouveau programme Amplify est constitué d’un contenu plus agile et orienté sur le développement durable »

À LA TÊTE DE HP FRANCE

Portrait de Arnaud Lepinois - HP
« Avec les investissements majeurs que nous réalisons, nous construisons l’IT pour les quinze prochaines années »

L’étape suivante de sa carrière semble obéir à une certaine logique puisqu’il est recruté pour succéder à Pascale Dumas, à la tête de la filiale française de HP dont Computacenter est le plus gros partenaire dans l’Hexagone. Un double défi car la manager dirige la filiale française depuis quinze ans, et cette nomination arrive au mois de juillet 2020, en pleine pandémie. « C’est effectivement assez particulier. En six mois, je n’ai dû voir physiquement qu’une trentaine des collaborateurs de HP, et tous me réservent un accueil exceptionnel. Je prends le temps de rencontrer tous les managers pour être opérationnel immédiatement, avec l’aide d’une excellente équipe. C’est d’autant plus important que, personnellement, ne pensais pas que mon profil répondrait aux critères pour diriger HP France, puisque mes dernières fonctions étaient plutôt dédiées à l’immatériel et aux services, alors que HP est ancrée sur le produit. » C’est d’ailleurs aussi ce qui le séduit car il retrouve, en l’occurrence, une société animée par la technologie et la recherche. « Le cloud est devenu une commodité, alors qu’il y a tant à faire dans les domaines du PC et de l’impression, y compris sur le plan logiciel », souligne-t-il. Il se met à la page sur des nouveaux secteurs de pointe comme les presses Indigo ou l’impression 3D, avec, à la clé, de nouveaux types de clients mais aussi des partenaires au profil inédit. « Avec son portfolio riche, HP s’appuie sur un channel extrêmement large et varié, car des produits, tels que les imprimantes 3D, nécessitent de s’adresser à des spécialistes de l’industrie plutôt qu’à des partenaires IT. Voici un secteur hyperdynamique où nous créons des marchés verticaux dans la santé ou le packaging, par exemple. De plus, la technologie d’impression nous mène jusqu’au microfluidique, tandis que les bio-imprimantes aident la recherche sur les vaccins et sur le traitement de la Covid-19. » Parallèlement, il arrive à la tête de HP France au moment où le groupe mondial poursuit sa mutation entamée en 2015, lors de la scission avec HPE. Depuis 2019, l’entreprise met en place une refonte complète de son SI qui doit durer trois ans, et impacte toutes les strates du groupe, y compris les partenaires. « L’arrivée du nouveau programme Amplify se situe dans la ligne de tous les changements initiés ces dernières années, avec un contenu plus agile et des volets essentiels autour du développement durable. La supply chain évolue, l’écoconception, le recyclage des cartouches… voilà autant d’initiatives qui prouvent l’implication du groupe dans ce domaine. » Il se réjouit aussi que, malgré la taille que représente l’organisation, ses filiales – comme la France – bénéficient suffisamment d’autonomie pour être aussi force de proposition. « La France a été et reste pilote dans beaucoup de projets déployés par la suite sur un plan mondial. Dans le nouveau découpage régional défini il y a deux ans pour conférer davantage d’agilité commerciale, l’Hexagone fait partie de la région Europe du sud et pèse pour 50 % de l’activité. » Lui-même admet avoir jusqu’à cent idées par minute, et dans cette période spéciale, il s’attelle aussi à prendre en compte les difficultés que ressentent ses collaborateurs. « J’ai notamment pris des décisions autour de la fatigue digitale qu’engendre le télétravail. On respecte les horaires, on supprime toutes les visioconférences le vendredi après-midi, on incite tout le monde à faire du sport. » Sous son impulsion, certaines plages de présentiel ont été rouvertes pour des collaborateurs supportant mal le télétravail. Le contact est gardé par des Zoom cafés où des speakers extérieurs abordent des thèmes précis, ou dispensent des formations en ligne pour la montée en compétences des équipes. En tant que dirigeant mais aussi interlocuteur du siège, il avoue passer parfois plus de douze heures par jour en visioconférence. Un effort qui n’entame en rien son dynamisme ou sa motivation qui se nourrissent du potentiel technologique de HP. « Avec les investissements majeurs que nous réalisons, nous construisons l’IT pour les quinze prochaines années. »

REPÈRES
Arnaud Lépinois a 46 ans, il est marié et père de deux enfants
PARCOURS
1996 BTS Conception de produits industriels à Montpellier
1998 INSA Lyon, diplôme d’ingénieur
1996 – 1998 IBM Manufacturing, spécialiste réingénierie industrielle
1998 – 2000 IBM Software, consultant avant-vente technique
2000 – 2005 Groupe Neurones, CTO
2008 – 2013 Fondateur et dirigeants de plusieurs entreprises (First Star, Neuhauz, notamment)
2014 – 2017 Computacenter, directeur des services managés
2018 – 2020 Computacenter, directeur général France
Depuis juillet 2020 HP France, P.-D.G.

J’AIME…
MUSIQUE – Du classique au RAP en passant par la R&B, l’électro et la variété… mais surtout Pink Floyd, les Rolling Stones, Queen, Téléphone et Indochine.
LITTÉRATURE – Les biographies de personnalités qui ont marqué l’Histoire.
CINÉMA – Principalement les films d’aventures et de science-fiction qui ouvrent sur d’autres perspectives (Matrix, Inception, Bienvenue à Gattaca, etc.). Et toujours les grands classiques de la comédie !
LIEUX – Le sud de la France et le Canada pour y avoir passé plusieurs années.
GASTRONOMIE – Épicurien dans l’âme, j’apprécie toutes les bonnes cuisines du monde.
SPORT – Tous, et cela depuis le plus jeune âge. Aussi bien en pratique qu’en supporter, et pour le partage de ses valeurs.