image d'un datactenter green

Fujitsu agit pour verdir le numérique

La firme japonaise s’investit dans la réduction de l’empreinte carbone émise par les data centers. Elle veut redoubler d’inventivité pour surmonter les défis technologiques que pose ce secteur.

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Mai 2022
Par Thierry Bienfait

Les individus et les entreprises ne voient pas l’étendue des dégâts. À chaque utilisation d’Internet ou du cloud et des infrastructures qui leur permettent de fonctionner, c’est le dérèglement climatique qui s’accélère et la facture d’électricité qui s’alourdit. D’autant que, selon l’institut d’études Xerfi, « la flambée du prix du kWh fragilise les petits hébergeurs. Une augmentation des tarifs pour leurs clients est à prévoir. » Alors que le secteur des data centers ne représentait que 3,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il menace d’avoisiner les 9 % en 2025 – soit l’équivalent des émissions provenant des automobiles à moteur thermique. « La ‘‘dématérialisation‘‘ est une expression délétère », fustigent des scientifiques dans une récente étude menée conjointement par le CNRS et l’Inria. Conséquence inévitable de la transition numérique, « la croissance du trafic dans les data centers ne pourra pas être inférieure à + 20 % même en suivant une trajectoire ‘‘sobre‘‘ », s’alarment les auteurs du rapport. Alors, notre maison brûle et nous regardons ailleurs ? Ce n’est pas le cas de tous les acteurs de l’IT, situés aux premières loges pour mesurer la progression exponentielle de leur consommation d’énergie.

Développer un CPU peu énergivore et concevoir une network interface card photonique intelligente.

REFROIDISSEMENT ET LOW-TECH

Afin d’éviter la fuite en avant, des champions de l’informatique en ligne misent en effet sur l’innovation dans les salles de serveurs. Ainsi, les techniques de free cooling, de free chilling ou de water cooling engendrent une climatisation moins énergivore. D’autres hébergeurs incluent dans leurs centres de données des équipements IoT dédiés à l’efficacité énergétique. Le géant Fujitsu, lui aussi, relève le défi. L’entreprise japonaise s’oriente vers un futur davantage low-tech dans les data centers, et porté par le progrès technologique. À ce titre, le groupe a rejoint la Green Innovation Fund Project – Construction of Next Generation Digital Infrastructure gérée par l’entité paragouvernementale nipponne Nedo (New energy & industrial technology development organization). Fujitsu y apportera sa contribution dans le projet Développement technologique de la future génération de data centers responsables. Dans le cadre de ce programme, la société concentrera ses efforts sur deux projets. Le premier consistera à développer un central processing unit à faible consommation d’énergie, en perfectionnant sa technologie de microarchitecture. « Notre technologie a déjà permis au supercalculateur Fugaku d’atteindre les plus hauts niveaux de performance et d’efficacité au monde », s’enthousiasme le fabricant dans un communiqué. Dans le second projet, Fujitsu souhaite concourir à l’opération du Nedo en concevant une network interface card (NIC) photonique intelligente qui réduise la consommation d’énergie du réseau dans les data centers. Pour y parvenir, la maison mère et Fujitsu Optical Components imaginent « une technologie de transmission optique plus efficace en termes de taille et de consommation d’énergie, ainsi qu’avec une capacité de données supérieure ». Tout cela passera par l’amélioration des technologies matérielles et logicielles développées pour les dispositifs de transmission optique. Associé à Nedo, Fujitsu veut démontrer qu’en s’appuyant sur ses innovations, concilier la green IT et les ressources indispensables aux activités humaines est possible dans le numérique.

En raison de la hausse massive des prix de l’énergie, la facture d’électricité des data centers pourrait exploser.